mercredi 28 novembre 2018

la mouvance de l'anthroposophie et l'école publique

Sur la page d’accueil du site Internet de la société anthroposophique, des liens sont proposés par rubrique.
Quelques uns d’entre eux concernent la question sociale. Et c’est ici que le lecteur de ladite société pourra se documenter sur le « chèque éducation ». Il est alors proposé d’ouvrir en format PDF un document de présentation de la fédération des pédagogies alternatives. Comme le précise d’emblée ce document, cet organisme regroupe les pédagogies « indépendantes de l’État, des confessions religieuses, du productivisme et du technologisme », nous citons ici dans le texte, pour favoriser des libertés pédagogiques. Trois pédagogies se sont pour le moment regroupées, dont bien entendu la pédagogie Steiner Waldorf.
Le principe de ce chèque éducation : les familles reçoivent une somme leur permettant de scolariser leurs enfants dans des établissements de leur choix. Chaque établissement reste bien entendu autonome. Comme le souligne ce site dédié au chèque éducation, c’est une autre forme de financement de l’éducation des enfants, ce n’est pas l’accroissement de la masse destinée à financer les écoles.
Selon les auteurs, des freins serait apportés à la création d’écoles extrémistes, car une autorité indépendante habiliterait les écoles qui se créeraient. Cette nouvelle instance regrouperait des représentants de grands courants pédagogiques. Parmi ces mouvances, on retrouve des écoles démocratiques de type Sudbury, Espérance banlieue, la pédagogie Montessori, la pédagogie Freinet et bien sûr Waldorf.
Il est précisé que l’État ne devra pas se charger de ces habilitations afin d’éviter que des politiques abusent de leur pouvoir pour interdire certains programmes ou méthodes qui ne conviendraient pas à leurs pensées politiques.
Nous avions déjà entendu parler de cette volonté de désétatiser l’école lorsque l’homme politique Alain Madelin avait publié un livre, Pour libérer l’école, qui promouvait le chèque éducation, ce qui était une pierre jetée dans le jardin du Ministère de l’éducation nationale et dans son existence même. Cette conception a pu être reprise depuis par des hommes politiques, qui se référaient au libéralisme au sens économique du terme. Ici, la mouvance anthroposophique promeut le chèque éducation et en cela, elle rejoint cette conception de la droite libérale (toujours au sens économique du terme) dans la lignée d’Alain Madelin. La fédération des écoles Steiner, s’associe à travers la fédération des pédagogies alternatives que nous avons évoquée ce travail de plaidoyer en faveur de la désétatisation de l’éducation. 

Rappelons pour ce qui la concerne que la Nef a pour mission, entre autres, de financer l’enseignement surtout hors contrat (dont les écoles Steiner Waldorf mais pas seulement elles ). Nous ne conclurons pas sur l’affirmation que l’anthroposophie, c’est la droite libérale. Steiner avait lui-même préconisé, nous l’avons déjà évoqué, la désétatisation de l’éducation, non pas dans le cadre du libéralisme politique et économique contemporain, mais dans celui de la triarticulation sociale. Concernant le chèque éducation, les deux se rejoignent complètement en ce moment. La tripartition a encore quelques défenseurs, il existe des sites spécialement dédiés à sa promotion, mais elle reste peu connue du grand public. Une utopie à notre sens, dont nous ne voyons pas comment elle pourrait mise en œuvre.

Mais surtout, nous sommes trop attachés à l’idée d’un école ouverte à tous sans discrimination et qui éduque à la liberté pour ne pas nous opposer à toute attaque contre l’école laïque d’où qu’elle vienne !




mardi 27 novembre 2018

ne laissez pas des groupes sectaires empiéter sur votre tranquillité!

SI UN GROUPE SECTAIRE VOUS PROSPECTE PAR COURRIER, MAIL, PORTE A PORTE

sur ce lien vous trouverez un modèle de lettre qui vous permet d'exiger de ne plus être démarché.


En principe ce modèle est rédigé pour les prospections commerciales mais vos droits sont les mêmes quel que soit le type d'organisme qui vous importune.

jeudi 22 novembre 2018

RETOUR SUR LES RECENTS AVIS DU COMITE DES DROITS DE L'HOMME: BABYLOUP, VOILE INTEGRAL

Nous avons rendu compte récemment de deux avis du comité des droits de l’Homme des Nations unies. Le premier concernait le licenciement d’une salariée de la crèche Babyloup qui avait refusé de se rendre à son travail sans son voile. Le second avis concernait des femmes qui s’étaient pourvues devant cette instance internationale pour contester des amendes qui leur avaient été signifiées du fait du port du voile intégral.

Dans un premier temps, nous jugeons indispensable, et ce sera l’objet du premier point, de préciser dans quel cadre juridique ces avis ont été rendus.

En second lieu cet article permettra de relier ces avis entre eux et de réfléchir sur le décalage entre la conception française de la laïcité et celle des experts internationaux.

Pour ce faire, un court rappel historique est nécessaire.



Qu’est-ce donc que le comité des droits de l’Homme des Nations unies ?




Dès le mois qui suivit l’armistice du 8 mai 1945, se tint une importante réunion dont l’aboutissement fut la charte des Nations unies; à cette occasion, il fut prévu qu’une déclaration universelle des droits de l’Homme serait rédigée. Effectivement, ses deux principaux concepteurs furent le français René Cassin, le juriste de la France libre et Madame Roosevelt, veuve du président américain. Elle fut adoptée le 10 décembre 1948. Mais elle n’avait pas d’effet contraignant, c’était une très belle déclaration d’intentions, toutefois, aucun mécanisme ne venait sanctionner une violation par un État des principes énoncés.


C’est pourquoi fut prévue la rédaction de pactes internationaux qui en reprendraient les principes mais en rendraient l’application obligatoire à l’encontre des Etats membres de l’ONU. Ces pactes mirent une trentaine d’années à voir le jour. 
 

Ici, une petite digression s’impose pour faire un détour par la protection européenne des droits de l’Homme. En effet, sans attendre, des Etats européens avaient décidé dans les années suivantes de créer une organisation d’États européens dédiée aux droits de l’Homme et à l’environnement, le Conseil de l’Europe (qui ne présente aucun point commun avec l’Union européenne, sinon l’espace partagé à Strasbourg).



Les Etats membres de ce Conseil de l’Europe signèrent une convention européenne des droits de l’Homme, qui comprenait peu d’articles dédiés à l’énoncé des droits (parfois en termes identiques à la Déclaration de 1948), la majeure partie du traité étant consacrée aux procédures. Ainsi était créée la Cour européenne des droits de l’Homme. En fait s’il y avait peu d’articles dédiés à l’énoncé des droits, c’est parce que les rédacteurs de ce traité avaient conscience de la diversité des traditions juridiques au sein de l’espace européen. N’étaient fixés que des grands principes dans lesquels, précisément au-delà de ces traditions diverses, tous les Etats membres pouvaient se retrouver. Ce qui impliquait une certaine marge d’appréciation laissée à chaque Etat dans la mise en œuvre de ces droits. Les juges de la cour européenne, restaient indépendants des Etats dont ils étaient issus.


Après cette indispensable digression sur la Cour européenne des droits de l’Homme revenons à l’ONU ; ce n’est que près de 30 ans après la signature de la déclaration que fut signé le pacte international relatif aux droits civils et politiques. Le traité comporte lui-même des droits, mais de manière beaucoup plus détaillée. Un comité des droits de l’Homme est nommé, composé d’experts juridiques en droit international et chargé de surveiller l’application par les Etats membres de l’ONU de ce pacte qui donne donc une force obligatoire aux grands principes énoncés dans la déclaration de 1948. Tout particulier qui a épuisé tous les recours dans son pays peut saisir ce comité (comme il peut saisir la cour européenne des droits de l’Homme).


La différence: le comité contrairement à la Cour européenne ne rend que des avis, ce qui implique non une force obligatoire, mais une pression sur les états qui pourraient violer les droits de l’Homme.


Dans les faits, ce comité rend publics ses avis. Concernant la France, il a admis l’interdiction chez nous du lancer de nain, il a refusé une requête du sieur Faurisson (récemment décédé, nous n’allons pas nous en émouvoir outre mesure), il a été saisi pour le Belarus d’entraves à la liberté de manifester des opposants, et il a donné tort à l’Etat. Pour la fédération de Russie, il n’a pas condamné l’attitude de l’État face aux allégations de mauvais traitements évoqué par un détenu, en revanche, il avait donné raison à un défenseur des droits de l’Homme qui s’était pourvu devant lui, se plaignant de harcèlement.


Disons le d’emblée, il ne nous semble pas, bien au contraire, que le contrôle par un groupe d’experts indépendants de l’application des textes internationaux de protection des droits de l’Homme puisse être critiqué. En matière de droit fondamentaux, nous ne jugeons pas défendable un souverainisme en cette matière (pour le souverainisme en général, c’est totalement extérieur à l’objet statutaire de notre association).
 
En revanche, nous pouvons nous interroger et c’est ce que nous ferons dans le point suivant, sur cette incompréhension par nombreux d’experts internationaux, parfois hors de l’enceinte de ce comité des droits de l’homme, de la conception française de la laïcité.



Les experts internationaux et la conception française de la laïcité



Après la rédaction de la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789, Clermont Tonnerre, dans une déclaration qui a fait date, affirmait qu’il fallait tout accorder aux juifs comme individus, mais rien en tant que nation.


Était-ce une préfiguration de la conception française de la laïcité, voire de la vie en société ? Toujours est-il que la conception française, à laquelle nous nous rattachons, accorde une grande importance à l’individu. Serait-ce à dire que les communautés à l’intérieur de la nation n'existeraient pas? Sans doute pas, mais cela signifie quand même que la liberté individuelle de conscience revêt une grande importance, ne figure-t-elle pas comme des principes directeurs de la loi de 1905, dès son article 1 ?


L’une des particularités du droit français est précisément la recherche d’un équilibre entre les droits de l’individu et ceux des communautés. Ce n’est pas le cas partout, même en Europe.


Est-ce à-dire qu’il faille clouer au pilori les autres régimes juridiques en Europe dans le monde ? Sans doute pas, mais, si nous voulons que notre régime de laïcité soit compris et adopté, nous pensons nécessaire de redoubler d’efforts pour discuter et persuader.


Pour revenir aux Nations unies, un rapporteur spécial sur l’intolérance religieuse, Monsieur Amor, émettait des réserves sur les politiques de lutte contre le sectarisme, et craignait un réveil de l’intolérance religieuse. Une des femmes lui ayant succédé à ce poste, Madame Asma Jahangir, dans un de ses rapports, critiquait explicitement l’attitude française, considérant les membres de sectes en France comme des victimes de discrimination. Nous avions exprimé notre désaccord avec elle, mais aussi du respect: après avoir quitté son poste à l’ONU, elle était revenue au Pakistan où elle avait été assignée à résidence car elle était depuis son plus jeune âge une militante des droits de l’Homme. Elle avait été vice-présidente de la fédération internationale des droits de l’Homme.


Lorsqu’elle était assignée à résidence, nous avions exprimé le souhait qu’elle soit libérée, tout en déplorant et en nous interrogeant sur l’incompréhension entre des militants si courageux par ailleurs et nous, laïques français, tellement préoccupés par la défense de ces droits. Aussi nous ne sommes pas étonnés par les récents avis du comité des droits de l’Homme des Nations unies. 
 

Une crèche associative fonctionne avec des règles similaires à celle du service public : elle accepte tous les publics sans discrimination, mais le personnel doit rester discret sur les convictions profondes qui animent chaque salarié. De nombreux allers et retours entre juridictions ont été nécessaires pour clore cette affaire dans l’ordre juridique français.


Dans les cas les plus récents, des femmes ont sollicité l’avis du comité des droits de l’Homme car elles avaient été verbalisées,les forces de police constaté qu’elles étaient revêtues du voile intégral. 
 

Dans tous les cas, n’auraient-elles pas eu la possibilité de se pourvoir devant la cour européenne des droits de l’Homme ? Effectivement, cette possibilité leur était offerte, mais la Cour avait déjà rendu des arrêts qui n’allaient pas dans leur sens : pour la crèche, on pouvait se souvenir d’un arrêt rendu lors d’un litige entre une ressortissante helvétique et la Suisse : les juges avaient donné une interprétation peu flatteuse du sens du voile islamique, pour parler vite. Pour ce qui concerne le voile intégral, saisie par des Françaises qui n’avait pas encore été verbalisées, la juridiction avait estimé que les dispositions adoptées en France entraient dans le cadre de la marge d’appréciation laissée aux Etats.


A l’inverse, les experts du comité des droits de l’homme des Nations unies ont jugé que les mesures prises en France n’était pas proportionnées à l’objectif que s’était assigné notre pays. Ils ont estimé que la salariée ne s’était pas vu interdire à bon droit le port de son voile sur son lieu de travail, la mesure étant jugée disproportionnée par rapport à l’objet de l’association gestionnaire de la crèche. De notre côté, nous pouvons nous demander si des établissements scolaires ou éducatifs à caractère religieux fondamentaliste n’imposent pas des contraintes vestimentaires à leurs agents. Dans ce cas, cela reviendrait à interdire en France une association qui voudrait se soumettre aux mêmes règles que les agents du service public : la discrétion sur les convictions personnelles des salariés, mais l’ouverture à tous les publics sans discrimination. Il faut noter que l’interdiction signifiée au personnel de manifester ses convictions profondes ne figurait pas dans les statuts de l’association gestionnaire, mais seulement dans un règlement intérieur. Peut-être des statuts plus explicites permettrait-t-il à une association d’éviter un si lourd contentieux ?
 
En revanche, en ce qui concerne le voile intégral, tant devant la Cour européenne que devant le comité des droits de l’homme des Nations unies, la France avait fait valoir l’importance du visage découvert qui favorise la communication et le vivre ensemble. Pouvons-nous nous permettre d’émettre une opinion ? Est-ce que la dissimulation totale de l’individu et notamment du visage ne serait pas une source de dépersonnalisation qui irait à l’encontre du principe de dignité humaine ? Un principe que toutes les juridictions admettent pour fonder une décision en droit. Observons quand même que nous ne prenons nullement ce parti pour des raisons liées à la religion, chacun restant totalement libre de croire ou de ne pas croire, mais uniquement pour des raisons liées au respect de la personne. Surtout que notre lecteur ne se méprenne pas : jamais nous ne nous nous référerons à une laïcité teintée d’hostilité à la religion musulmane à à l’instar d’un journal en ligne prétendument laïque mais dont l’hostilité viscérale à l’Islam ne peut même plus dissimuler une xénophobie exacerbée.




Cependant concluons sur une note d’optimisme : récemment, en janvier 2018, la rapporteuse spéciale de l'ONU dans le domaine des droits culturels affirmait : «les initiatives culturelles et artistiques peuvent aussi défendre les valeurs de diversité, de laïcité, d’inclusion, de tolérance, d’égalité des sexes, de droits de l’homme et de paix par les thèmes qu’elle choisissent d’aborder».



Pour persuader les acteurs publics du niveau le plus local ou niveau international de la pertinence de notre conception de la laïcité, pour les persuader aussi de la même pertinence dans notre action de prévention du sectarisme, les deux étant étroitement liées pour nous, il nous faudra faire preuve de patience et de persuasion; sûrement pas d’agressivité ni d’arrogance et encore moins de la certitude d’incarner la lutte du bien contre le mal.



vendredi 16 novembre 2018

20 novembre, Journée internationale des droits de l’enfant, une problématique qui nous concerne, nous partageons l’annonce de notre partenaire solidarité laïque

Solidarité Laïque

Bientôt le 20 novembre

Journée mondiale des droits de l'enfant

Droits de l'enfant
Dans une semaine, nous célébrerons les 29 ans de la Convention Internationale des droits de l’enfant. Rappelons qu’il reste du chemin à parcourir dans le monde comme en France, pays des droits de l’Homme.
Le 20 novembre 1989, la Convention internationale des droits de l’enfant est adoptée à l’unanimité par l’Assemblée générale des Nations Unies. Issu d’un long processus historique vers la reconnaissance de droits aux enfants, ce texte énonce les droits civils, économiques, sociaux et culturels. Si de nombreuses avancées ont été réalisées depuis, la promesse du respect de ces droits n’est pas encore tenue à l’égard de tous les enfants

dimanche 11 novembre 2018

LE VOILE INTEGRAL AU COMITE DES DROITS DE L'HOMME DES NATIONS UNIES


LE VOILE INTEGRAL AU COMITE DES DROITS DE L'HOMME DES NATIONS UNIES 

 

 

Après le désaveu de la France dans le litige qui a opposé la salariée licenciée de la crèche Babyloup à son employeur, le comité des droits de l'Homme des Nations unies inflige un  démenti face à deux musulmanes verbalisées pour le port du voile intégral.
Décidément, entre la doctrine des experts juridiques du Comité des droits de l'Homme et notre conception de la laïcité, il y a plus que des nuances. Nous y reviendrons d'autant plus que ces divergences concernent également la politique de l'Etat en matière de dérives sectaires. Nous nous promettons d'y revenir mais sans passion, rationnellement.

France : L'interdiction du niqab viole la liberté de religion de deux musulmanes


GENEVE (23 octobre 2018) — Dans deux décisions qui feront date, le Comité des droits de l'homme a déclaré que la France a violé les droits humains de deux femmes pour les avoir verbalisé parce qu'elles portaient le niqab, voile islamique intégral.
Les deux décisions qui ont été considérées au cours de la même session par le Comité parce qu'elles soulevaient des questions juridiques identiques sont disponibles dans leur intégralité : 1 et 2.
Le Comité des droits de l'homme a été saisi en 2016 de deux plaintes, après que deux françaises avaient été poursuivies et condamnées en 2012 pour avoir porté en public des vêtements qui avaient vocation à couvrir tout leur corps, y compris leur visage. La France a adopté en 2010 une loi qui stipule que "Nul ne peut porter, dans l'espace public, des vêtements destinés à dissimuler le visage". La loi a pour effet d'interdire le port du voile islamique intégral en public, qui couvre tout le corps, y compris le visage, ne laissant qu'une petite ouverture pour les yeux.
Le Comité a été d'avis que l'interdiction générale à caractère pénal que la loi française impose à ceux qui portent le niqab en public a porté atteinte de manière disproportionnée au droit des deux plaignantes de librement manifester leur religion. De l'avis du Comité, la France n'a pas suffisamment expliqué en quoi l'interdiction du port de ce vêtement était nécessaire. De plus, le Comité n'a pas été convaincu par les arguments avancés par la France, selon lesquels l'interdiction de dissimuler le visage était nécessaire et proportionnée pour des raisons de sécurité et visait à assurer le respect du principe du "vivre ensemble" dans la société. Le Comité reconnaît que les Etats peuvent exiger des individus qu'ils découvrent leur visage dans des circonstances spécifiques dans le cadre de contrôles d'identité, mais il a été d'avis que l'interdiction généralisée du niqab était une mesure trop radicale. Le Comité a également conclu que l'interdiction ne permettrait pas de protéger les femmes portant le voile intégral mais aurait l'effet contraire de les marginaliser en les confinant chez elles en leur fermant l'accès aux services publics.
"Ces décisions ne portent pas atteinte au principe de laïcité et ne visent pas à promouvoir une coutume, que nombreux au sein du Comité, y compris moi-même, considérons comme une forme d'oppression contre les femmes" a déclaré Yuval Shany, Président du Comité. Il a expliqué au contraire que ces décisions représentent la position du Comité selon laquelle une interdiction généralisée à caractère pénal ne permet pas d'assurer un équilibre raisonnable entre l'intérêt général et les libertés individuelles.
Ce sont les deux premières plaintes de cette nature qui ont été portées à la considération du Comité. En dépit du fait qu'il se prononce régulièrement sur des cas relatifs à la jouissance par les individus de leurs droits civils et politiques, c'est la première fois qu'il est saisi de questions de droits relatives à l'interdiction du voile intégral.
Il est attendu de la France qu'elle envoie un rapport de suivi au Comité dans un délai de 180 jours sur les mesures prises pour mettre en œuvre la décision du Comité qui demande, entre autre, la compensation des plaignantes et la prise de mesures visant à éviter que des cas similaires se reproduisent à l'avenir, y compris en révisant la loi incriminée.

Information générale
Le Comité des droits de l'homme veille au respect par les Etats parties -au nombre de 172 à ce jour- des dispositions du Pacte des droits civils et politiques. Le Comité est composé de 18 membres, qui sont des experts indépendants des droits humains, venant des différentes régions du monde, qui servent en leur qualité personnelle et non au nom de leur gouvernement. Les conclusions du Comité sont une évaluation indépendante sur le respect et la mise en œuvre des obligations du Pacte par les Etats parties. Le protocole facultatif impose l'obligation juridique à l'Etat partie de se conformer en toute bonne foi aux constatations du Comité.
Le Protocole facultatif au pacte, ratifié par 116 Etats parties, donne le droit à des individus de soumettre une plainte au Comité contre les Etats pour une violation supposée de leurs droits. Plus d'informations sur les procédures de plaintes individuelles aux comités
Pour plus d'informations et toute requête, prière de contacter  Julia Gronnevet jgronnevet@ohchr.org / (+41) 22 917 93 10

Suivez le Bureau des droits de l'homme sur les réseaux sociaux! Nous sommes sur Twitter @UNHumanRights, Facebook @unitednationshumanrights et Instagram @unitednationshumanrights

jeudi 1 novembre 2018

Après la mise au point de LIBE, la nôtre: l'anthroposophie est-elle soluble dans la laïcité?

Il est peu fréquent de voir un  organe de presse reconnaître une erreur d'appréciation, LIBE l'a fait. Pour ce qui nous concerne, le risque de ce type d'exercice lié au rythme de la presse quotidienne réside dans un rendu incomplet ou partiel d'une recherche que nous avons au CLPS menée sur le très long terme. Notamment notre appartenance assumée à la mouvance laïque et notre regard qui en découle sur le positionnement de la nef nous semblent peu apparents (mais le journaliste ne pouvait peut-être tout dire dans un texte du format d'une lettre???)
Pour clarifier le tout vis à vis de nos lecteurs (et notamment de nos nouveaux amis qui nous suivent depuis peu), nous reproduisons ci-dessous un texte que nous avions rédigé en 2016 pour la revue de nos amis de la fédération des oeuvres laïques de l'Ardèche



Lecteurs d'ENVOL, nous serions bien étonnés si surtout dans votre région vous ne connaissiez pas l'anthroposophie sans le savoir. Ne connaissez-vous pas les laboratoires Weleda, même si leur siège se trouve en Alsace, les écoles Steiner, présentes peut-être pas en Ardèche mais dans trois départements avoisinants, la NEF, ou nouvelle économie fraternelle, une banque pour laquelle l'argent relie les hommes ? Revenons sur l'aspect politique de cette doctrine. Rudolf Steiner avait imaginé, sur le modèle de notre devise républicaine, la triarticulation sociale.

La liberté régit le domaine du spirituel. Toutes les institutions éducatives, culturelles, et même la Justice civile et pénale en relèvent . Elles doivent ne dépendre d'aucune intervention de l'Etat. Même si les instances issues de l'anthroposophie ne le crient pas sur les toits, elles sont hostiles au service public d'éducation auquel elles préfèrent les écoles dites « alternatives ». L'égalité devant la Loi régit les institutions étatiques. Enfin, l'économie relève de la fraternité. Rudolf Steiner préconisait une économie également indépendante de l'Etat, déplorait l'extension des services publics et promouvait l'idée de coopératives, d'associations entre producteurs et consommateurs qui fixeraient d'un commun accord les prix. Le travail également devait ne pas être une marchandise et les salaires devaient échapper à la loi de l'offre et de la demande.

Même si on ne partage pas ces idées reconnaissons qu'elles ne semblent pas aberrantes. Toutefois, en cherchant bien, on leur trouve des fondements métaphysiques que leurs propagandistes exposent peu au public. Et elles séduisent. Un grand mouvement de défense des droits de l'Homme entame un partenariat avec la NEF, un grand mouvement laïque participe à un colloque des écoles Steiner, un réseau complémentaire de l'Ecole publique participe au « printemps de l'éducation » au côté de ces mêmes écoles. Et ce n'est pas fini, attendons-nous à d'autres cautions progressistes encore !

Certes, la NEF affirme haut et fort que, certes née de l'initiative d'anthroposophes, elle s'est dégagée de cette mouvance. Mais est-convaincant puisqu'elle a subventionné, par un don, encore récemment les jeunes de la société anthroposophique? Ou sachant que ses responsables participent es qualité à des séminaires de la société anthroposophique sur la finance ? Elle a aidé au financement d'une école catholique bretonne dirigée par l'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre, école qui a annoncé sur son blog naguère une conférence de Philippe de Villiers. Egalement des écoles Montessori dont les prix de scolarité par élève peuvent atteindre plusieurs milliers d'euros. Et bien sûr des écoles Steiner. Ne peut-on voir dans ce financement d'écoles privées la continuité de l'idée de Steiner selon laquelle les institutions éducatives ne doivent pas relever de l'Etat ? C'est le droit des anthroposophes de le penser. C'est notre droit de dire notre désaccord !

Terminons par deux craintes. Steiner prône une utopie (a-t-il été influencé par le respectable mouvement coopératif qui existait avant lui, nous ne savons ; mais sans doute en raison de cette convergence des anthroposophes ont rejoint le mouvement coopératif!) . Pas de conflit, salaires et prix fixés par négociation. Dans ce monde utopique, syndicats ouvriers (et patronaux) n'ont pas d'avenir. Leur suppression est envisagée. Mais à notre connaissance, deux procédures aux Prud'hommes, dont l'une a vu une institutions steinerienne déboutée, (nous ignorons l'issue de la seconde), deux annulations de licenciements de personnels à Weleda par l'Inspection du Travail (au moins un délégué du personnel est concerné) annulations confirmées par le Juge administratif et dont nous avons pris connaissance par le site officiel Legifrance. Mais toute utopie ne porte-t-elle pas en elle un germe de totalitarisme ? Comment passe-t-on de cette aspiration à un monde voulu sans conflit à des procédures en justice ?

Seconde crainte, l'anthroposophie est spiritualiste. Le domaine de l'esprit est indépendant et libre. Si nous n'avons pas le moins du monde trouvé dans les ouvrages de Steiner que nous avons lu dans le texte de promotion du parti unique ou de la dictature, la société est organisée sur un modèle spiritualiste. Les matérialistes devront vivre dans une société qui fera à l'esprit une place prépondérante même s'ils n'y croient pas. Peut-être encore un germe de totalitarisme ?

Nous avons tenté de ne pas caricaturer des idées de peur de porter atteinte à des individus sans doute sincères même lorsqu'ils s'efforcent de séduire en insistant sur leur utopie sociale en masquant leur doctrine ésotérique. Nous espérons y être parvenu. Aux lecteurs d'ENVOL de juger !


Sources (entre autres !)
L'avenir sera-t-il social de Rudolf STEINER, ed TRIADES
Rapports d'activités de LA NEF, listes des prêts.
http://www.triarticulation.fr/index.html