mercredi 25 novembre 2015

MARSEILLE: la table de la Bonne Mère sous surveillance, un article de LA PROVENCE



Nos remerciements à LA ¨PROVENCE!


Les conditions de travail des Travailleuses missionnaires sont toujours dans le collimateur de la Miviludes

Le charmant restaurant de L’Eau vive, au sein même de la basilique Notre-Dame de la Garde. Plusieurs religieuses qui y ont servi ont dénoncé leurs conditions de travail. D.TA.

Rappel des faits


En 2014, une association consacre un "livre noir" aux conditions de travail des Travailleuses missionnaires, qui gèrent des restaurants attachés aux diocèses, dont celui de L’Eau Vive, à Notre-Dame de la Garde. Alors que les plaintes se multiplient, leur regroupement au tribunal de Caen est demandé par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires.



Non, Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille et président de la Conférence des évêques de France ne "parlera pas". C'est que le sujet est, depuis plus d'un an, un bien gênant caillou dans la chaussure de l'Eglise et de ses représentants. A-t-on laissé, depuis des années, des femmes travailler dans des conditions "proches de l'esclavage", dans des restaurants sous contrat avec les diocèses ? La charmante cafétéria de L'Eau vive, au coeur même de Notre-Dame de la Garde, abrite-t-elle ainsi une réalité plus sombre que ses nappes aux fleurs passées, que les sourires doux de ses employées en tenues traditionnelles ?


De cela, l'Avref, qui a, la première, donné l'alerte, est convaincue. En 2014, l'association publiait un "livre noir" des Travailleuses missionnaires de l'Immaculée. Intégrées au sein de la Famille Donum dei, un ordre créé en 1950 et ne rendant toujours de comptes qu'au Saint-Siège, celles-ci ont généralement été recrutées jeunes filles au Burkina Faso, dans les îles Wallis, au Vietnam et au Pérou, pour travailler dans ces cafétérias jusqu'à 15 h par jour, "pour 10 à 15 € par mois".



Ebranlé par les plaintes, l’ordre a entrepris une régularisation




Souvent sans papiers ni Sécurité sociale, certaines se sont enfuies à Caen, à Paris, à Versailles, à Marseille ou Toulon. L'été 2014, nous avions retrouvé, à Aix-en-Provence, certaines de ces femmes, des laïques et non des religieuses, qui dénonçaient l'isolement, le manque de soins et d'accès à la formation, le travail harassant et continuel, une expérience de "soumission totale", loin de ce qui avait été présenté aux recrues, dans leur pays d'origine.




Ces témoignages ont alerté jusqu'au sommet de l'Etat. La Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), directement rattachée aux services du Premier ministre, a ces derniers mois auditionné six anciennes travailleuses et relevé "des éléments qui caractérisent la déstabilisation mentale", pointant "la diabolisation du monde extérieur, les ruptures avec l'environnement d'origine, l'absence de soins et les atteintes à l'intégrité physique." L'affaire "est prise très au sérieux", confirme t-on dans l'entourage de Serge Blisko, le président de la Miviludes, qui est d'ailleurs venu à Marseille en mai dernier.




Aujourd'hui, une demi-douzaine de plaintes ont été déposées dans toute la France. En juillet, Serge Blisko a défendu auprès de la garde des Sceaux leur regroupement au tribunal de Caen, afin "d'augmenter les chances de (les) faire aboutir". Selon la Miviludes, "les responsables de la communauté sembleraient entretenir volontairement une ambiguïté sur le statut des membres". L'organisation décrit, elle, "la tâche librement acceptée" comme "une offrande" et qualifie les critiques de "caricature outrancière". Cependant ébranlée par la révélation de certaines pratiques, la Famille Donum dei a entrepris depuis janvier une régularisation de ces femmes. Elles ont ainsi, en France, reçu... la première carte Vitale de leur vie.



Delphine Tanguy

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