Notre attention a été attirée sur le fonctionnement financier de l’académie Saint-Louis, financée principalement par la Fondation du Bien Commun, présidée par Monsieur Stérin. Le directeur de cette structure n’est autre que le président du conseil d’administration de l’académie Saint-Louis.
Lors d'une audition (lien ci-dessous), un sénateur s'est étonné du fait que le président du conseil d'administration n'était présent qu'à titre exceptionnel au sein de l'établissement. Il lui a été répondu, clairement, que la fonction de président du conseil d'administration se distinguait de celle de directeur, et que la responsabilité opérationnelle était déléguée à ce dernier.
Le quotidien suisse Le Temps a ouvert très récemment une édition française.
Le 2 juillet dernier, il a publié le reportage d'une journaliste qui s'est rendue à une journée "portes ouvertes" destinée aux parents d'élèves . La journaliste qui a visité l’établissement et posé ses questions de parent interessé, cite ainsi une réponse obtenue : les frais d'inscription réglés par les familles ne sauraient faire l'objet d'aucune déduction fiscale... « Mais payer une association caritative, oui. (…) L'association récipiendaire accorde une bourse à l'un des élèves de Saint-Louis de Chales. Pas mon fils, un autre dont les parents auront fait la même chose que moi. Leur don servira, lui, à financer mon fils. Selon les revenus, cette défiscalisation peut donc réduire de 66 % l'addition en fin d'année pour les parents. "Le contact, c'est moi", m'a ainsi expliqué mon interlocutrice. Lorsque l'académie reçoit la bourse de l'association partenaire, "c'est moi qui me débrouille, je sais que ça vient de chez vous", insiste-t-elle en me lançant (…) ça ne vous fait payer que 34 % de la scolarité de votre enfant au lieu de payer 100 %". (…) Par le jeu des crédits d'impôt, l'État français aura donc financé aux deux tiers la scolarité de l'internat traditionaliste de mon fils » (…)
Le journal Libération a également traité le même sujet le 7 janvier 2026 : « À la différence du privé sous contrat, tenu de suivre les programmes officiels et de respecter le principe de laïcité en classe, le hors contrat ne reçoit pas de financement public. Même si en réalité, il en perçoit de manière indirecte, via les défiscalisations accordées aux dons. L’Académie Saint-Louis, comme d’autres établissements hors contrat, est soutenue financièrement par plusieurs fondations ».
Par ailleurs, dans le cadre d'une audition devant une commission sénatoriale, le président du conseil d'administration de Saint-Louis – directeur général de la Fondation du Bien Commun – arguait de son adhésion aux valeurs de la République et de son respect des lois en vigueur :
« Dans le cadre de la liberté d'enseignement que nous offre l'État français et dans le plein respect de la loi du 13 avril 2018 visant à simplifier et mieux encadrer le régime d'ouverture et de contrôle des établissements privés hors contrat, dite Gatel, nous sommes fermement attachés aux principes de la République française - liberté, égalité, fraternité. Depuis la genèse du projet, nous travaillons en lien étroit avec le rectorat de l'académie, la préfecture et le diocèse concernés. Nous entretenons d'ailleurs de bonnes relations avec l'administration, qui illustrent notre volonté constante de coopération, ainsi que la qualité du projet que nous portons, sous le contrôle rigoureux et régulier des autorités compétentes ».
Lors de la même audition, il s'est référé à l'éducation intégrale :
« Il m'a semblé important de rappeler, en toute transparence, notre vision de l'éducation intégrale, qui ne se limite pas aux résultats académiques, mais inclut le sport, les arts, les activités manuelles et la dimension religieuse, dans le cadre d'une école d'inspiration chrétienne. Elle vise l'épanouissement et le plein potentiel de l'élève ».
Mais en même temps, on ne sait trop si, du fait de l'érection en principe à valeur constitutionnelle de la liberté d'enseignement, il préfère le cadre du hors contrat qui préserve totalement sa liberté pédagogique, ou s'il envisage de solliciter la contractualisation qui lui permettrait de recevoir le financement public. « Lorsque les Académies Saint-Louis auront atteint cinq ans d'existence, nous pourrons envisager de déposer une demande de contrat avec l'État ».
Ces informations nous amènent à quelques questionnements.
Est-ce que l'éducation intégrale dont se prévaut le président du conseil d'administration de l'académie serait compatible avec les contraintes qui s'imposent à un établissement sous contrat ? Dès le moment où des financements publics sont accordés, l'école est tenue d'accueillir tous les enfants sans discrimination et à garantir leur exercice de la liberté de conscience.
Par ailleurs, si les deux auteurs des articles pré-cités évoquent des défiscalisations permettant de contourner la loi en donnant accès de fait à des financements indirects, nous ne disposons pas des précisions nécessaires. Quelle association caritative couvrirait ce circuit ? Nous n'avons donc pas été en mesure de vérifier les dires de ces deux organes de presse. D'après le directeur de la Fondation du Bien Commun, interrogé par la même commission sénatoriale, ni Saint-Joseph Éducation, ni la Fondation pour l'École, n'apporteraient de concours financiers à l'académie, mais ils seraient représentés au conseil d'administration.
Le montage financier décrit par le journal Le Temps pourrait être considéré comme illégal dans la mesure où un don ne peut donner lieu à un avantage fiscal que s'il est effectué sans contrepartie. En l'état, nous ne disposons pas des éléments de preuve nécessaires pour affirmer qu'il y aurait eu une irrégularité dans le financement. Nous n'avons pas été témoins, notamment, de la tenue des propos rapportés par la journaliste. De plus, l'existence d'un montage financier qui permettrait de contourner la loi interdisant le financement d'établissements hors contrat n'a pas été évoquée lors de l'audition devant les sénateurs par le président du conseil d'administration.
Cependant, comme toujours, nous partageons nos questionnements avec nos lecteurs.
Comme nous ne manquerons pas de partager aussi tout complément d'information qui nous parviendrait.
Lien vers l'audition devant la commission du Sénat :
Audition des Académies Saint-Louis
Commission d’enquête sur les mécanismes de financement des politiques publiques par des organismes, sociétés ou fondations de droit privé et des risques en matière d’influence, d’absence de transparence financière et d’entrave au fonctionnement de la démocratie.
Mardi 31 mars 2026 :


