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mardi 19 mai 2026

Enseignement privé catholique sous contrat. Le cas de Sainte-Cécile, en Vendée.



Des organisations syndicales et des collectifs défendent courageusement les droits des enseignants et ceux des mineurs scolarisés dans les établissements d'enseignement sous contrat. Nous avions accueilli à notre assemblée générale 2025 la porte-parole du collectif « stop aux souffrances dans l'enseignement catholique » et celui du SNEP UNSA. Leurs interventions ont été éclairantes et appréciées. Vous pouvez en retrouver l'essentiel dans le présent blog ici ( pour le SNEP UNSA) et ici ( pour le collectif).

Il n’est pas dans notre objet social d’intervenir dans leur registre. Nous estimons toutefois devoir relayer ici une affaire emblématique.


Elle concerne l'établissement scolaire l'Espérance à Sainte-Cécile, en Vendée. Cet établissement est lié à la fraternité Saint-Pierre qui diffère de la fraternité Saint Pie X dans la mesure où elle n'a pas quitté le giron de l'Église catholique. Toutefois, elle en diffère peu par son inspiration. (Peu nous importent par ailleurs le respect du rite tridentin ou le port de la soutane).
C'est un reportage télévisé qui a médiatisé l'affaire. Le 29 janvier 2026, plus de 30 minutes ont été consacrées, par l’émission Cash investigation, aux dérives dans les écoles. Les passages ci-dessous en italique sont des citations extraites du reportage.


Les élèves les plus âgés tiennent lieu de surveillants :

 
Ceux qui géraient vraiment la discipline, c'étaient certains élèves de terminale (...) Et donc c'est eux qui sont maîtres des sanctions, qui décident aussi de ce qu'est une faute et ce qui ne l’est pas. Et ça c'est voulu par la direction. (...) Ils ont carte blanche pour faire régner ce que eux appellent la loi. C'est une loi qui est très arbitraire. La direction confie alors à des adolescents la surveillance de la cour et même des dortoirs.

Les maltraitances :

 
La chose qui m'a le plus marqué, c'est qu'il y a cette espèce de rituel de jeter certains élèves dans une mare qui est au cœur de la cour principale de l'établissement, dont les eaux sont évidemment saumâtres, dégoûtantes. C'était surtout les élèves dont on pensait qu'ils n'étaient pas alignés sur la doctrine de l'établissement. Alors moi ça m'est arrivé deux fois. C'était des terminales qui m'ont coursé. Ils m'ont attrapé, ils m'ont déshabillé, ils m'ont jeté dans l'eau.


Racisme, antisémitisme, homophobie :

 
Le climat raciste était omniprésent. Les murs étaient couverts de propos haineux contre les Africains, contre les Arabes, contre les Juifs. Il y avait énormément de croix gammées. (...)
C’étaient souvent des insultes homophobes. Sale pédé, on va te faire la peau, etc. (...)
J'étais bien bronzé et ça passait pas trop. C'est pour ça qu'ils m'ont appelé directement Bamboula.

Journaliste: Et c'est arrivé que des élèves vous appellent Bamboula devant des professeurs ? Ah oui, complètement.

Irrespect de la loi. L’établissement étant lié à l'État par contrat, il doit recevoir tous les élèves sans discrimination et sans leur imposer l'assistance aux offices religieux ou au catéchisme.

 
Pour les lycéens, elle n'est pas obligatoire.
Journaliste : C'est pas obligatoire la messe ? Il y a très peu de messes, il y en a au collège, mais il n'y en a pas dans les lycées. Journaliste : Au collège, certaines messes sont donc imposées.


Le Département accorde des subventions facultatives proches du maximum prévu par la loi à l'établissement.

 
Président du Conseil départemental : On est là pour être en soutien financier au niveau des infrastructures et au niveau du fonctionnement. Et par contre on n’a pas droit de regard à l'intérieur de l'établissement (...) Madame la rectrice ne m'a jamais averti de quoi que ce soit de ce qui se passait à l'intérieur de l'établissement.

Pourtant, à la suite de la diffusion de ce reportage, l'État a ordonné que soit diligentée une enquête. Les résultats ne sont pas encore connus.


Ci-dessous le communiqué du rectorat qui annonce cette enquête :

 

Les communiqués de la FSU et de l’Observatoire vendéen de la laïcité :

 

 

 


Alors, faut-il modifier la loi ? Ou l’appliquer avec rigueur sans tolérer qu’elle soit ainsi enfreinte ? À chacun de se faire une opinion.


L’émission complète est disponible jusqu’en janvier 2029 sur ce lien


À bientôt



mercredi 19 novembre 2025

120ème anniversaire de la loi de 1905


 

120ème anniversaire de la Loi de 1905: contribution du président du CLPS à une manifestation.

 




Une personne sous emprise ne pense plus par elle-même et n’agit pas dans son intérêt. Ses pensées, son comportement lui sont imposés sans qu’elle s’en aperçoive et elle se croit libre. Être témoins passifs de cette emprise est-il compatible avec notre idéal laïque ?

Il est impossible de décrire de manière exhaustive l'emprise sectaire en si peu de temps, alors juste quelques citations, la première de Roger Ikor, « le piège du bonheur ».







Les adeptes les secteurs sont effectivement heureux et c'est cela le piège ; le piège du bonheur. Je le lis très souvent quand j'ai devant moi des élèves de lycée ou des jeunes gens : si quelqu'un vous promet le bonheur total et immédiat, tout de suite, complet, sans réticence, sans réserve, sans ombre, sachez que c'est ou un recruteur de drogue ou un recruteur de secte. Car le bonheur ça ne s'attrape pas comme ça. On ne vous le donne pas de l'extérieur. Le bonheur ça se construit, avec des sens et des larmes ; ça se construit avec des mains, on prend des briques on les met l'une après l'autre. Quand on vous propose le château en l'air avec un coup de baguette magique, c'est le piège. Une vie ça se construit, tout du long, lentement, avec une volonté, avec de la douleur, mais avec la joie d'être un être humain digne et  responsable. Or, le jeune homme ou la jeune femme qui se sent mal dans sa peau essaye d'échapper à sa responsabilité qui lui pèse ; une responsabilité neuve !

La seconde, Alain Vivien : Je crois qu'il faut que nous nous comportions non seulement en citoyens conscients des difficultés qu'ils rencontrent, mais également sur le plan affectif en gens très proches des victimes parce que je crois que si l'on apporte un peu de chaleur humaine, c'est probablement là la vraie famille que recherchent ceux qui sont un peu perdus, et non la pseudo famille qu'ils risquent de trouver dans les associations pseudo religieuses.

Un exemple concret et ce sera fini avec les citations, de « la tête de poisson » de Roger Ikor : « en deux jours le garçon auquel je pense avait été converti et criait à sa mère au téléphone : je veux vivre pour Krishna, Krishna dont il ne connaissait pas le nom huit jours avant. Enlevé quelque temps après par sa famille et mis au repos dans un hôpital psychiatrique, une nuit de sommeil suffit pour le rendre à lui-même sans recours à la moindre médication ».

Impossibilité de penser par soi-même, sentiment d'être libre alors qu'on ne l'est pas, sensation d'être heureux, d'avoir trouvé une famille, une sensation qui peut cacher une grande détresse, ce n'est ici pas un exposé exhaustif de l'emprise, mais un aperçu en forme de raccourci. Est-ce que la laïcité à la française est en mesure de prévenir les dérives sectaires ? La question est plus complexe qu'il ne paraît au premier abord ! La loi de 1905 ne saurait à elle seule résoudre le problème du sectarisme.

Elle ne prévoit pas seulement la séparation des Eglises et de l'État. Ses rédacteurs ont également assigné à la République la mission de garantir la liberté de conscience. Et l'article 31 pénalise toute pression en matière religieuse. En cherchant la jurisprudence qui en résulte, on trouve peu. Quelques condamnations par exemple de patrons exerçant des pressions sur leurs employés. Mais sans doute cette loi de 1905 a insufflé dans notre législation un esprit favorable à la reconnaissance de la liberté de conscience, de choisir ses options en toute connaissance de cause. Cette loi s'inscrit dans le socle des libertés publiques instituées par la IIIe République.

C'est toujours le même esprit de liberté qui a poussé le législateur à affirmer la liberté des cultes mais dans les limites de l'ordre public. Un ordre très libéral, qui n'interdisait que ce qui était dangereux matériellement, mais qui ne prétendait nullement réglementer les esprits. De ce fait, les autorités compétentes ont dû autoriser un meeting du Front National à Strasbourg, des actions de propagande de l'église de scientologie en région parisienne, la tenue d'un stand de la Rose-Croix d'or à Poitiers, ou louer aux témoins de Jéhovah une salle municipale dans nombre de communes. Un ordre public qui ne discrimine pas les groupes sectaires quand il s'agit de leurs droits, mais qui ne les discrimine pas plus quand il s'agit de sanctionner.

Prenons l'exemple de l'église de scientologie. Moyennant finances, ce mouvement a pour prétention d'améliorer le mental de ses disciples. Pour cela, une méthode pseudo thérapeutique, la dianétique. En même temps, elle se déclare Eglise et habille sa publicité d'un vernis religieux.

Le ministère des finances lui avait refusé l'exemption de la TVA et de l'impôt sur les sociétés qu'elle avait sollicitée en se présentant comme une Eglise. Elle s’était pourvue devant le juge administratif. Elle avait invoqué dans ses mémoires son interprétation des intentions du législateur lors du vote de la loi de 1905, les opinions d'Aristide Briand, entre autres. L'objectif qu'elle souhaitait atteindre était de se faire reconnaître comme religion. Mais en vain, pour le Conseil d'État, cela n’importait pas, le seul problème était de savoir si son objectif était lucratif ou désintéressé. Le juge a conclu que la recherche de fonds étant primordiale et avérée, elle n'était pas fondée à demander l'exemption fiscale, qu'elle soit ou non une église.

Idem lorsque des responsables de l'église de scientologie ont commis des délits notamment pour escroquerie. Le juge a estimé qu'il fallait tenir compte de la seule réalité matérielle des faits visés par la procédure. Même si leur auteur est une Eglise.

Au nom des droits de l'homme et de la liberté, nombreux sont les groupes atteints de dérives sectaires à revendiquer ce qu'on appellerait au Canada des « accommodements » et peut-être plus encore. Par exemple l'autorisation accordée à un élève sikh, au nom du respect de sa religion, de venir muni de son petit couteau prescrit par sa religion s'il se trouve dans un fourreau sous sa chemise, alors qu'il est normalement interdit d'entrer armé dans un établissement scolaire

Ces groupes en dérive sectaire se disent réprimés lorsque la loi leur impose des limites. Ils voudraient permettre d’adapter les textes à leur gré. Mais rappelons-nous toutefois la limite posée à la liberté des cultes par la loi de 1905 elle-même : l'ordre public. Parmi leurs soutiens des groupes sectaires, des militants de la laïcité, au premier rang desquels Jean Baubérot, en Belgique Anne Morelli.

À partir des années 80 avec la reconnaissance en droit français sans réserve de l'applicabilité de la Convention européenne des droits de l'homme, avec et par le conseil constitutionnel, de la dignité humaine comme principe à valeur constitutionnelle, la notion d’ordre public évolue.

En 1991, le Conseil d'État confirme l'interdiction des lancers de nains considérés comme portant atteinte à la dignité humaine. Une personne humaine en serait considérée comme une chose et serait avilie. Une soupe au cochon organisée au profit des personnes en situation de précarité par une association d'extrême droite a pu aussi être interdite du fait qu'elle humilierait les demandeurs musulmans qui n'y auraient accès du fait de leurs convictions. On peut légitimement regretter qu'il soit rare que ce principe de dignité soit invoqué par les juges à l'encontre des dérives sectaires. Cependant...

Les témoins de Jéhovah proscrivent la transfusion sanguine. La république ne permet pas que cette interdiction puisse concerner les mineurs. Aussi, lorsque l'état de santé d'un enfant le nécessite, la justice retire aux parents l'exercice de leur autorité le temps qu’il soit procédé à la transfusion. Mais qu'en est-il pour les adultes ? Il y a plusieurs décennies, certains d'entre eux, gravement accidentés, avaient produit une attestation : ils refusaient tout don de sang. Les médecins n'avaient pas eu le cœur de les laisser mourir et les avaient sauvés en transfusant. Ils n'en ont pas été trop remerciés: l’hôpital avait été l'objet d'une demande d'indemnisation… pour atteinte à leur liberté religieuse ! Mais le conseil d'État a énoncé après une longue procédure que les sauver était licite à deux conditions : que le pronostic vital soit engagé et que tout ait été fait pour les convaincre d’accepter le don de sang. Le principe de dignité avait quand même été évoqué au cours de la procédure, comme il l’avait déjà été dans l'affaire des lancers de nains.

Limiter les revendications à échapper à la loi n'est plus maintenant l'apanage des groupes religieux. En tant que laïques nous souhaitons que l'ordre public libéral protecteur de la personne humaine limite toutes les prétentions à contourner la loi.

Dans un ordre public libéral, pas de libertés sans limitations, au contraire, l'objectif est d'assurer sans dogmatisme un équilibre entre des droits souvent contradictoires.

Les rédacteurs de la Convention européenne des droits de l’Homme ont clairement défini des limitations. En effet, suivant ce traité international, le droit à la vie, la prohibition de la torture, des traitements inhumains et dégradants et de l'esclavage sont des absolus.


Toutes les autres libertés, d’expression, d’association, de conscience, sont soumises à des limitations qui affinent la définition de notre ordre public que ce soit dans le but de ne pas empiéter sur les droits d'autrui ou dans l'intérêt général.

Prenons l'exemple de la récente pandémie. Des atteintes aux libertés élémentaires de circulation ont été édictées. Mais l'objectif n'était pas de limiter la liberté, mais de préserver la santé publique. Les directives sanitaires ont pu être contestées, mais leurs auteurs s’efforçaient toujours de ne pas interdire de manière disproportionnée en maîtrisant l'épidémie. C’est alors qu’au nom de la liberté, des groupes ont tenté de s'affranchir des restrictions sanitaires.

Un groupe de parents appartenant à la mouvance de l’anthroposophie, dans la région lyonnaise, avait mis en ligne un clip joué par des enfants dénonçant l'obligation de porter le masque.

Le professeur Joyeux fut suspendu pour avoir outrepassé la liberté d'expression concernant les vaccins et négligé de ce fait ses obligations de médecin.

Il y a toujours, même dans ces contextes qui n'ont rien de religieux, ce dogmatisme porté par des individus et des groupes qui crient à la répression de leur liberté lorsque l'ordre public et l'intérêt général peuvent imposer des restrictions. Restrictions par ailleurs prévues expressément par les rédacteurs de la Convention européenne des droits de l'homme.

Venons-en maintenant à Pierre Rabhi, le fondateur de la mouvance des colibris. Il incitait chacun à faire sa part mais sans trop préciser laquelle... Il n'est pas très favorable c'est le moins qu'on puisse dire, à l'éducation nationale, et l'école hors contrat créée par sa fille s'est développée dans un premier temps sur son domaine privé. Des colibris se sont déclarés en désobéissance civile en éduquant leurs enfants en famille sans demander l’autorisation préalable qu’impose la loi. Ils ont été sanctionnés par le Juge pénal.

Encore un autre exemple de volonté de se soustraire aux obligations de la vie en société, à l'ordre public, à l'intérêt général. Le patriarche qui tenait des stands sur la voie publique était un ensemble de communautés thérapeutiques où c’étaient des toxicomanes délivrés de l'addiction qui prenaient soin de ceux qui en étaient encore victimes. Cette structure vivait surtout grâce à des conventions signées avec le ministère de la Santé, mais il ne se conformait pas à la réglementation en vigueur. D’où des contentieux avec les autorités de tutelle, et le patriarche avait invoqué l'atteinte… à la liberté d'association.

Les groupes sectaires argumentent toujours ainsi, l’injonction à respecter la loi est ressentie comme une atteinte à leur liberté.

En 2018 s’est terminée l'affaire de la ferme des deux soleils à Servance, en Haute-Saône. Une ferme bio créée par une « thérapeute » autoproclamée, sans aucune formation médicale qui avait entraîné des collègues et des patients. La législation et notamment le code du travail ont été malmenés. Il y eut procès. La fondatrice fut condamnée et voici un extrait du jugement :« la liberté de conscience, protégée par la constitution, ne peut servir d’argument si le processus de captation mentale prend la place de la raison, de la liberté de pensée et de l’agir en conséquence ».

En tant que laïques, nous affirmons au contraire l'égalité de tous devant la loi ; aucune idéologie religieuse, écologique, aucune théorie pseudo médicale ne justifie d’y déroger. Nous défendons un ordre public libéral, une notion qui n'est pas intangible : elle implique la recherche permanente sans dogmatisme d'un équilibre fluctuant entre des droits souvent contradictoires.

En tant que laïques nous sommes attachés au respect de la dignité. Comme disait Vercors dans « Les animaux dénaturés » : « l'humanité n’est pas un état à subir mais une dignité à conquérir ». En conséquence, l'individu a des devoirs envers lui-même, et pas uniquement envers autrui. Le lancer de nains fut interdit, même si la personne de petite taille souhaitait s’y prêter afin de conserver le revenu qu’elle en tirait.

La loi de 1905 est l’un des piliers de la laïcité à la française, mais pas le seul. La déclaration de 1789, la tradition républicaine libérale, la Convention européenne, la convention internationale des droits de l'enfant et le code de l'éducation en sont aussi des composantes. Plus que jamais, il faut en conserver l'esprit contre les populismes et l’illibéralisme.

Pour terminer, la principale difficulté, tant sociétale que juridique : dès qu'il y a dérive sectaire, il y a atteinte aux droits de l'homme et de l'enfant, et atteinte à la dignité. Des thèses ont été consacrées à la défense, au nom de la liberté individuelle, du droit à renoncer à ses droits, ou à s'avilir soi-même si on le désire. Or, l'entrée et le maintien dans un groupe atteint de dérives sectaires ne résulte pas de la coercition, mais au contraire d'une sensation de bien-être et de liberté que l'individu ressent, et sincèrement. Les récits des personnes qui en sont sorties, souvent confirmés par des décisions judiciaires, nous montrent le contraire. Sans entrer dans le détail, notre humanisme laïque se doit de ne pas reconnaître comme légitime la renonciation à sa dignité et à ses droits

C'est dans cet esprit que notre association, le cercle laïque pour la prévention du sectarisme travaille. Elle est notamment implantée dans l’Est, en Drôme Ardèche, dans le sud-ouest et en Bretagne. Elle évite l'invective, cherche surtout à établir les faits, à les exposer et à susciter la réflexion.

Elle respecte les personnes qui ont rejoint les groupes qu'elle étudie ; elle bannit la colère, le mépris, la haine, qui ne peuvent que renforcer leur sujétion. Elle a, pensons-nous, fait avancer la connaissance sur des dérives de l'écologie, sur la mouvance de Rudolf Steiner, sur l'enseignement hors contrat qui abrite souvent des dérives sectaires. Elle sollicite de l'administration, malheureusement souvent réticente les rapports d'inspection des écoles hors contrat.

Il apparaît aujourd’hui que l'enseignement privé sous contrat peut abriter des atteintes aux droits de l’homme similaires. Nous publions régulièrement sur notre blog des informations sourcées et des réflexions. Enfin, nous avons édité un ouvrage collectif, « regards laïques sur les dérives sectaires », qui fait le bilan de nos recherches à la fin de l'année 2024.


dimanche 9 novembre 2025

Des dérives dans l'enseignement privé sous contrat : le point de vue d'un syndicaliste, son intervention à notre assemblée générale

 

https://commons.wikimedia.org/

Depuis maintenant près d'un an, les instances de notre association ont décidé de relayer les informations concernant l'enseignement sous contrat. Depuis la naissance de notre cercle, nous enquêtons sur les écoles hors contrat qui, assez souvent, relayent un système sectaire auprès de la jeunesse. Mais il nous est apparu progressivement que nous ne devions pas négliger les établissements qui, malgré l'existence d'un contrat les liant à l'administration et au service public, ne ménagent pas la vulnérabilité de leurs usagers : les mineurs.

Nous avons écrit à plusieurs syndicats des personnels de l'enseignement privé. Un seul, du moins à ce jour, nous a répondu : le syndicat national des personnels de l'enseignement privé, affilié à l'union nationale des syndicats autonomes (UNSA). Alors tout naturellement, nous l'avons invité à notre assemblée générale et son responsable y est intervenu.

Nous avons été aussi en contact avec le collectif « Stop aux souffrances dans l'enseignement catholique ». Sa porte-parole était présente, elle aussi, à notre AG, et nous avons reproduit également de larges extraits de son intervention.

Nous les remercions tous les deux de leur présence.


Le syndicat SNEP-UNSA:

Tant que la loi Debré permettra les ambiguïtés, le système va s'auto-alimenter, En effet, aujourd'hui la volonté politique n'existe pas, ou du moins très peu. Heureusement, les victimes de Bétharram ont pris la parole ; sans cette expression publique, il n'y aurait pas eu de commission d'enquête parlementaire, il n'y aurait pas eu de débat au Sénat, et rien ne se serait passé pour défendre les victimes qui sont d'abord des enfants.

Nous sommes des enseignants, nous sommes 140 000, et parfois soumis à l'autoritarisme, ou à des positions ambiguës. Mais nous avons aussi le souci des élèves, des mineurs. On a vu les dérives à Bétharram, on les a vues à l’œuvre dans un collège, et elles ont des conséquences sur l’exercice du libre arbitre des élèves. Tous ces petits écoliers, quand ils vont à la messe, quand ils se font arroser d’eau bénite par le curé, est-ce qu'ils ont vraiment consenti ?

Je suis en train de faire référence au principe de laïcité, qui consiste à permettre à chacun des élèves, à la hauteur de ses capacités, de construire son libre arbitre. Dans nombre d'établissements privés, on a un dispositif qui se joue des ambiguïtés de la loi.

On peut multiplier les signalements, mais ce n’est pas là que réside le problème. Le problème, c'est la loi, et je doute que la commission d'enquête parlementaire sur les violences faites aux élèves, produise du concret. Nous ne voyons pas de volonté politique pour faire évoluer les choses. Notre syndicat travaille sur les outils.

Je ne peux pas utiliser le terme d'emprise des structures professionnelles, parce que nous sommes dans une relation d'adulte à adulte, Je ne peux pas dire qu'une structure catholique, musulmane, protestante exerce une emprise sur des agents publics.

En revanche, les directeurs ont des outils qui se servent des ambiguïtés de la loi, pour agir sur les enseignants et sur leur carrière, leur mutation, leur affectation, leur promotion, le soutien aux parents au quotidien.

C'est parce que l'enseignant public est affaibli dans ses missions d'agent public, qu'ensuite les élèves se retrouvent dans des situations délicates, je ne parle pas uniquement des violences.

Oui il y a des violences, il y a des crimes, il y a des délits, et on en aura enfin parlé ; mais au quotidien il y a des petites brimades, des petites vexations, tout cela dans l'ambiguïté de la loi.

Les premiers à faire leur travail sont les enseignants. Des événements sont survenus à l'Immaculée Conception à Pau, un rapport a été produit, une décision de justice est tombée. Les inspecteurs accompagnent très souvent des équipes, mais l'inspecteur est un homme (ou une femme) de terrain. ll y a des syndicats d'enseignants, de cadres, de personnels de direction, d’inspecteurs ; on ne peut pas agir plus que ce que nous permet notre cadre à nous, parce que nous n’en sortons pas. Mais les structures confessionnelles, et c'est leur métier, sortent du cadre de la République. Elles sortent de ce cadre républicain, et elles utilisent les ambiguïtés de la loi.

La liberté d'enseignement c'est une loi fondamentale en France. Depuis 1793, l'enseignement est libre ; mais en 1793 il ne s'agissait pas d'aider l'église catholique, il s'agissait d'établir la République.

La loi sur les associations de 1901 est très importante : la liberté d'association, c'est la possibilité pour les hommes et les femmes de la République, pour les citoyens, de se retrouver sur un objet social, comme c’est le cas pour votre association, ou pour jouer à la pétanque.

Cette loi de 1901 est détournée par les structures confessionnelles pour gérer des établissements, et même construire une pyramide qui concurrence l'éducation nationale.

Vous avez parlé de séparatisme : oui, nous sommes pleinement dans un système de séparatisme scolaire. 2 millions d'élèves se retrouvent à côté du service public ; alors qu'officiellement ils sont à l’intérieur ; ils sont en réalité en dehors.

C'est de l'entre-soi. On parle beaucoup de Stanislas, c'est l'exemple rêvé ou détesté comme on veut, mais des petits Stanislas, il en existe dans presque toutes les grandes villes de France. Dans toutes les grandes agglomérations, vous trouverez un lycée qui fait du séparatisme scolaire, mais c'est toujours en marge de la loi, et en jouant avec ses ambiguïtés.

Le second problème, c'est l'administration de la République, elle est tenue par des hommes et des femmes dévoués. Mais dès qu’on fait des signalements à notre propre administration, dont nous n’avons aucune raison de douter du dévouement des agents, on constate qu’elle agit avec difficulté, faute de moyens humains.



dimanche 19 octobre 2025

Stop souffrance dans l'enseignement catholique.

 

Wikimedia Commons, Celette, 2019



Aujourd'hui, nous donnons la parole au collectif  "Stop souffrance dans l’enseignement catholique". 

Voici son intervention à notre assemblée générale en juin dernier :



" Notre collectif travaille exclusivement sur les établissements sous-contrat. Né à Montrouge, 156 parents se sont réunis en collectif, et ont signé une pétition contre la direction de l'Institution Jeanne d'Arc dans cette commune. Cette directrice est toujours en place, 7 ans depuis sa nomination par évêque. C'est catastrophique. Mais comme les parents qui n'avaient plus leurs enfants dans l’établissement ne sont plus investis dans le collectif, il a été repris principalement par des enseignants, devenus lanceurs d'alerte à travers l'ensemble de la France.


Et on a continué à se développer. Et donc, en 3 ans, la médiatisation de Stanislas, puis de Bétharram, nous a aidés à faire connaître les dysfonctionnements, notamment auprès des journalistes. Notre objectif, c'est de dénoncer. C'est aujourd'hui un collectif de lanceurs d'alerte, de professeurs en particulier de l'enseignement sous-contrat. Mais pas seulement. 4 parents, ces derniers temps, se sont joints à nous et ouvrent des sites web, et dénoncent ce qui se passe dans leur établissement. Nous accueillons la parole et offrons du soutien à tous ceux qui nous contactent pour échanger sur les souffrances vécues, les maltraitances, ingérences et autres dysfonctionnements notoires du privé sous contrat.


Notre collectif les aide. Le support premier est d'écouter : ce que peu leur ont accordé. Quand ils s'adressent à nous, ils ont déjà contacté rectorat, DDEC, ministères, Direction des affaires financières, APEL. Certains ont même déposé des plaintes. Le constat est que rien ne se passe tant que les médias n’ont pas relayé. C'est du huis clos. Il faut comprendre que même dans les rectorats, dans les divisions de l'enseignement privé sous-contrat, ce sont souvent des gens des DEC qui sont nommés là. Par quelle voie, nul ne le comprend bien encore.

Quand nous en venons à la médiatisation, soit nous parvenons à convaincre un(e) journaliste, typiquement de médias nationaux depuis l'affaire Stanislas, soit nous publions directement sur notre blog maison, on l'admet être de piètre qualité, mais il est parcouru par 20k de vues par mois. Nous avons publié plus d'un millier d'articles, que nous ouvrons quand ils sont désignés à des « abonnés », avec l'aval des journalistes, qui nous transmettent parfois même leurs articles complets.

Des directeurs exercent en toute impunité. Il faut savoir qu'ils sont nommés par évêques. Ce n'est pas une compétence. D'ailleurs, en ont-ils ? Il n'y a aucune évaluation des compétences à aucune étape de leur nomination, avec de sérieuses interrogations sur la formation qu'ils suivent à priori, financées par l'EC sur fonds Formiris, pourtant dédiés à la formation continue des seuls enseignants, et sans contrôle académique aucun. Et une fois qu'ils sont en place, c'est ad vitam æternam, à moins qu'ils aient un minimum de conscience, et qu'à force de se faire dénigrer, ils démissionnent. Mais c’est de plus en plus rare. De nombreux directeurs sont pervers. Voir le Sacré Cœur de Versailles, où, notoirement délétère, C. Espeso à la tête de l'Immac. de Pau.


Hier, j'accompagnais une collègue qui nous a contactés au bout de deux ans. Elle est en arrêt et continue son combat, ce qui n’empêche pas le rectorat de la convoquer et de la sommer d’arrêter. Dans son école, tous les séjours des élèves, de tous niveaux font des pèlerinages.

Nous sommes constitués en collectif. Nous avons renoncé à créer une association déclarée pour éviter des plaintes, pour éviter la justice. Dans notre fonctionnement, nous restons anonymes. Nous ne mettons les personnes en lien que s'il y a entre elles quelque chose de commun. Je suis la seule à voir mon nom cité en public. Mais même à l'intérieur du collectif, nous protégeons l'anonymat des uns des autres à tel point qu’ils ne se connaissent pas tous entre eux. Nous devons nous protéger pour éviter des représailles. Un noyau dur s'est constitué pour nos invitations à échanger avec des élus au Sénat, Ministère et Matignon. Françoise Gullung nous a rejoints : nous sommes le seul collectif de lanceurs d'alerte du sous contrat, indépendant des syndicats et de toute formation diocésaine.

Le cœur de notre action demeure l'intérêt de nos élèves, ce que l'enseignement sous contrat, commercial, oublie trop souvent. Et inflige aux élèves ici et là des manipulations en tous genres, quitte à dissimuler des agressions sexuelles, physiques, d'enseignements réactionnaires et autres détournements de fonds publics. Les mineurs accueillis sont des proies faciles à l'endoctrinement, au prosélytisme, et par un travail de communication intensif, par une manipulation des familles, à faire confiance au système quoi qu'il arrive.

Personnellement, mon directeur a voulu me frapper pour avoir protesté l'utilisation exclusive de la salle de projets financés par multiples instances publiques... à la pastorale. Il a détruit le déroulé de ma carrière et je poursuis mon métier dans le public, en ayant eu à repasser le concours, bloquée éternellement dans l'échelle salariale « classe normale ». Mais d’autres ont été victimes d’effractions de domicile, de véhicules, et/ou de menace sur leur propre enfant dans leur école, même si ce n'était même pas dans le même établissement.


Pour être un lanceur d'alerte, il faut être irréprochable dans son métier. Donc, en tant qu'enseignant, on fait déjà le maximum. Nous pourrions espérer le soutien de la hiérarchie, mais même les inspecteurs ne savent que faire. Par ailleurs, nous avons appris qu'une inspectrice de l'académie de Strasbourg avait été nommée n°2 de la DDEC locale : qu'a-t-elle donc fait des propos partagés en confiance par les enseignants ?


Des enfants victimes devraient être mieux traités que les harceleurs. C'est une configuration typique dans le privé sous contrat. Le père de Marc, qui a perdu l'audition à 40% et qui avait porté la chose, s'est fait éconduire par l’APEL. Rien n’a changé depuis. Et le SGEC ne se remet pas tout à fait en question, et un communicant (P. Delorme, SGEC) disait déjà l'an passé, que tout ce qui était décrit des scandales de Stanislas, n'était que caricature.

Le remplacement de monsieur Delorme devrait susciter des craintes : il est remplacé par Monsieur Prévost, proche de Monseigneur Rougé et tous deux veulent plus de catholicité dans les écoles.


On est clairement sur un vrai virage droitiste et « catho-facho », qui nous fait peur. Nous n’avons pas passé le concours pour enseigner la religion catholique, pour être facho, pour faire porter les uniformes, pour assister à une cérémonie comme à l'IMMAC le 9 mai, dans la cour avec l'évêque, des militaires et monsieur Espeso hurlant : « Soyez fiers de mourir pour la France ! » devant des élèves en uniforme. Et, ce 9 mai sur les heures de cours. Ce devrait être impossible aujourd'hui dans les écoles de la République, que le contrat devrait précisément protéger de tels spectacles. "



Qui sommes-nous ? | STOP AUX SOUFFRANCES DANS LES ÉTABLISSEMENTS CATHOLIQUES





dimanche 27 juillet 2025

Instruction en famille (IEF) des nouvelles de FRANCHE-COMTE

 




Le tribunal administratif de Besançon a jugé le 17 juin 2025 dans plusieurs affaires concernant des demandes d'autorisation formulées par des parents qui souhaitaient instruire leurs enfants en famille. Nous reproduisons ci-dessous des extraits significatifs de ces quatre jugements. Les références exactes sont précisées. Nous avons reproduit en gras sur la première citation la disposition législative invoquée par les familles à l'appui de leur requête.

Le juge administratif n'a donné satisfaction qu'à une seule famille pour des raisons de procédure.


Tribunal administratif de Besançon, 1ère Chambre, 17 juin 2025, 2402010

Il ressort également de ces débats parlementaires que, s'agissant particulièrement du quatrième et dernier cas, tenant à " l'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif", le législateur a entendu réserver la possibilité d'accorder une dérogation exclusivement lorsque les familles relèvent un besoin de l'enfant à partir duquel elles élaborent un projet éducatif adapté.


La commission académique s'est fondée sur le motif tiré de ce que les éléments constitutifs de la demande d'autorisation d'instruction en famille n'établissaient pas une situation propre à l'enfant nécessitant un projet éducatif particulier. Il résulte de ce qui a été dit aux points 5 à 7 que, contrairement aux allégations des requérants, l'appréciation de la situation propre de l'enfant ne relève pas de la seule appréciation discrétionnaire des parents et qu'ainsi, en vérifiant l'existence d'une situation propre à l'enfant de nature à justifier un projet éducatif spécifiquement adapté à cette situation, la commission académique n'a pas entaché sa décision d'erreur de droit ...

 Tribunal administratif de Besançon, 1ère Chambre, 17 juin 2025, 2401761

En second lieu, il ressort des pièces du dossier que le projet éducatif présenté par M. et Mme D est motivé, outre le caractère réservé et parfois timide de A, par son niveau d'apprentissage qui est supérieur à celui attendu d'un enfant de son âge et qu'une scolarisation dans une classe de CM1 engendrerait une baisse de progression de son niveau scolaire. Toutefois, ces allégations ne sont pas établies par les pièces du dossier, notamment le contrôle pédagogique de l'instruction en famille réalisé au cours de l'année scolaire 2023/2024 et le positionnement des acquis de la fin de cycle 2 produit par les requérants qui ne suffisent pas à caractériser de manière objective une situation propre au jeune A de nature à permettre une dérogation au principe de l'instruction dans un établissement

 Tribunal administratif de Besançon, 1ère Chambre, 17 juin 2025, 2401763

n second lieu, il ressort des pièces du dossier que le projet éducatif présenté par M. et Mme D est motivé par le rythme d'apprentissage différent de C qui a besoin de disposer d'un emploi du temps adapté et de ses propres méthodes pour favoriser une assimilation intelligente des connaissances. En outre, une scolarisation engendrerait une baisse de progression de son niveau scolaire. Toutefois, ces allégations ne sont pas établies  par les pièces du dossier

Tribunal administratif de Besançon, 1ère Chambre, 17 juin 2025, 2401765

En second lieu, il ressort des pièces du dossier que le projet éducatif présenté par M. et Mme D est motivé par les méthodes d'apprentissage alternatives de A fondées sur des approches pédagogiques ludiques. Toutefois, ces allégations ne sont établies par aucune pièce du dossier permettant de caractériser de manière objective une situation propre à la jeune A de nature à permettre une dérogation au principe de l'instruction dans un établissement d'enseignement public ou privé. Si les requérants soutiennent qu'une scolarisation de la jeune A engendrerait une baisse de progression de son niveau scolaire, cette allégation n'est étayée par aucun élément.

Tribunal administratif de Besançon, 1re chambre., 17 juin 2025, n° 2402155

Toutefois, le rectorat ne justifie pas, ainsi qu’il l’allègue, que cette décision ait été effectivement notifiée aux intéressés le 6 mai 2024, alors que ceux-ci affirment que le pli recommandé avec accusé de réception qu’ils ont reçu à cette date contenait uniquement la décision prise sur la demande déposée au profit de leur fille A et n’était pas accompagnée de la décision de refus du 29 avril 2024 concernant leur fils B. Par ailleurs, l’administration n’est pas non plus en mesure de justifier d’un accusé de réception propre à cette décision. Au demeurant, le rectorat ne justifie pas davantage la réception effective par les requérants de son courrier du 16 mai 2024, adressé par lettre simple, évoquant l’intervention de ce refus exprès, que les requérants contestent également avoir reçu. Dans ces conditions, l’administration doit être regardée comme ayant conservé le silence pendant deux mois sur la demande dont elle était saisie, au sens de l’article L. 231-1 du code des relations entre le public et l’administration cité au point 5, faisant ainsi naître une décision implicite d’acceptation de la demande d’instruction en famille déposée par les requérants pour leur fils B. 

 


L'édition en date du 5 octobre 2024 de l'Est républicain révèle l'état d'esprit d'une famille à laquelle l'administration n'a pas donné satisfaction et qui s'apprêtait à l'époque à saisir le juge administratif. Nous nous bornons à rapporter les faits, sans préjuger, faute de preuves, de l'appartenance des requérants à une famille de pensée.



« Nous continuons notre combat. La désobéissance civile est un devoir pour le bien-être et la sécurité de nos quatre enfants (N.D.L.R. : l’IEF a été acceptée pour leur aînée, Louise, qui souffre de phobie scolaire) »




lundi 23 juin 2025

Établissements d’enseignement privés : un jugement, des interrogations et un décret.

 




Nous apprenons que le directeur de l'établissement « Immaculée Conception » à Pau, dont nous avions signalé la suspension par le rectorat, et qui avait contesté la sanction devant le tribunal administratif, a obtenu satisfaction. Le juge a notamment estimé que la réalité des méthodes de management brutales qui avaient été invoquées à son encontre n'était pas établie.

En revanche, l'organisation d'un voyage « Pau –  Lourdes » à caractère religieux, pris sur le temps scolaire sans compensation a été considéré comme fautive, car contraire aux obligations du contrat d'association dont bénéficiait l'établissement.

Toutefois, le juge a considéré que la sanction qui avait été prononcée contre le directeur était disproportionnée et l'a annulée.

Nous nous efforçons de mettre à la disposition de nos lecteurs un maximum d'informations et de documentation. Tout d'abord, nous donnons le lien vers le texte du tribunal administratif de Pau, et en bas de page, vous pourrez trouver le lien vers l'intégralité de la décision judiciaire.

Le tribunal annule la décision du rectorat de l’académie de Bordeaux interdisant au directeur de l’ensemble scolaire Immaculée Conception d’exercer des fonctions de direction d’un établissement d’enseignement privé pendant une durée de trois ans. - Tribunal administratif de Pau

Le reste des documents que nous proposons est tiré du blog « stop aux souffrances dans l'enseignement catholique ».

Nous en redonnons le lien :

STOP AUX SOUFFRANCES DANS LES ÉTABLISSEMENTS CATHOLIQUES

Ici un article de presse qui résume l'affaire :

Immaculée Conception à Pau : la justice tranche en faveur du directeur, Christian Espeso ne sera pas suspendu | STOP AUX SOUFFRANCES DANS LES ÉTABLISSEMENTS CATHOLIQUES

Et là, un article dont les auteurs s'interrogent quant à l'influence de religieux de Lagrasse (Aude) sur le climat régnant dans l'établissement :

L’Immaculée Conception, ce lycée palois où les chanoines de Lagrasse participent à une "guerre idéologique" | STOP AUX SOUFFRANCES DANS LES ÉTABLISSEMENTS CATHOLIQUES

Puis l'interrogation d'un ancien recteur, publiée sous forme de tribune.

L'ancien haut fonctionnaire s'interroge sur le terme « contrat » :

« Pourquoi ne pas passer de vrais contrats avec chaque établissement privé, centrés sur ses objectifs pédagogiques et éducatifs ? » | STOP AUX SOUFFRANCES DANS LES ÉTABLISSEMENTS CATHOLIQUES


Mais ce constat ne serait-il pas, d’autre part, l’occasion de rénover enfin les relations avec les établissements privés, rénovation bien nécessaire aujourd’hui ? Pourquoi ne pas passer de vrais contrats, souscrits après échanges et accord avec chaque établissement privé, centrés sur ses objectifs pédagogiques et éducatifs, y compris de mixité sociale, les moyens généraux, les aides particulières, etc. ? Il serait même souhaitable d’associer les collectivités locales à ces contrats d’objectifs et de moyens, comme la possibilité en est offerte depuis 2015 pour les établissements publics – avec, à vrai dire, peu de succès.

Enfin, un décret récemment publié prévoit la « remontée » des informations concernant les faits de maltraitance dans tous les établissements privés hors et sous contrat :

Enseignement privé : le décret pour faire remonter les faits de violence publié | STOP AUX SOUFFRANCES DANS LES ÉTABLISSEMENTS CATHOLIQUES

rt. R. 442-6-1. - Afin de permettre le contrôle de l'Etat en matière de respect de l'ordre public et de protection de l'enfance et de la jeunesse dans les établissements d'enseignement privés sous contrat et hors contrat, le chef d'établissement informe sans délai l'autorité compétente de l'Etat en matière d'éducation des faits de violence dont les élèves ou les personnels de l'établissement sont victimes ainsi que de tout fait grave impliquant une mise en danger de la sécurité ou de l'intégrité physique ou morale des élèves ou des personnels.

« Un arrêté du ministre chargé de l'éducation nationale ou, pour les établissements sous contrat de l'enseignement agricole, du ministre chargé de l'agriculture, définit les modalités d'application du présent article.

« Art. R. 442-6-2. - Chaque établissement met en place, sous le contrôle de l'autorité compétente de l'Etat, un dispositif interne de recueil et de traitement des signalements d'atteintes à l'intégrité physique ou morale des élèves accueillis dans l'établissement, des élèves internes et de ceux qui participent à des voyages scolaires avec nuitées, ainsi que des personnels. Ces atteintes recouvrent notamment tout fait de violence, harcèlement, agissement sexiste, menace, intimidation ou tout incident susceptible de porter atteinte au bon fonctionnement de l'établissement. »

Merci aux rédacteurs du blog « STOP AUX SOUFFRANCES DANS LES ETABLISSEMENTS CATHOLIQUES ».

D'où qu'elles viennent, les maltraitances et les atteintes à la liberté de conscience, tant des élèves que des adultes, sont au cœur de nos préoccupations !


Bonne lecture !




lundi 2 juin 2025

L'affaire de Betharram ce n’est pas du passé : interroger l’idéologie punitive en France - THE CONVERSATION

 

L'affaire de Betharram ce n’est pas du passé : interroger l’idéologie punitive en France

Éric Debarbieux, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)

Si le recours aux châtiments corporels est désormais condamné, l’idéologie qui a autorisé ces pratiques est loin d’avoir disparu en France. En témoignent ces discours faisant primer le répressif sur l’éducatif. L’affaire de Bétharram nous invite à interroger les effets de système qui perdurent et les mécanismes de reproduction de la violence.


Plus de 200 plaintes ont été déposées pour des faits de violences physiques et sexuelles, commis des années 1950 aux années 2000, dans une école catholique des Pyrénées-Atlantiques. L’affaire de Bétharram défraie la chronique depuis des mois, au point de menacer un premier ministre soupçonné d’avoir couvert ces faits.

Mais, comme le disent les victimes, cette affaire ne doit pas être masquée en une « affaire Bayrou » : il convient de la penser au-delà des responsabilités éventuelles de cet homme politique.

Le châtiment corporel, c’était avant-hier ?

Des claques, des coups, de l’isolement à genoux sur le perron, par une nuit glaciale, le catalogue des châtiments corporels infligés surprend. Il s’agirait d’une violence d’une autre époque, révolue. C’est l’argument de défense de l’institution, et la conséquence judiciaire en est la prescription s’appliquant à la plupart des affaires révélées.

« Affaire de Bétharram : il témoigne des violences dans l’établissement scolaire » (Le Monde, mars 2025).

En soi, cela n’est pas faux. L’évolution pluriséculaire du regard sur l’enfant a fortement démonétisé l’usage de la violence en éducation, comme cela a été démontré par bien des historiens, au regard de l’histoire longue. Cela a été acté juridiquement et anciennement.

Le droit français a interdit le châtiment corporel à l’école dès 1803, même s’il a fallu longtemps pour que cette interdiction s’applique. Celle-ci a été répétée dans une circulaire de 1991. Beaucoup plus récente a été l’interdiction faite aux familles par la loi du 10 juillet 2019 relative à l’interdiction des violences éducatives ordinaires qui a précisé que l’autorité parentale s’exerce sans violences physiques ou psychologiques.

Les enquêtes de victimation à l’école témoignent de la rareté, mais non de l’absence du châtiment corporel dans les écoles publiques. Il en est ainsi dans une enquête, menée sous ma direction pour l’Unicef, en 2010, qui montre (p.22) qu’il s’agit encore en moyenne d’environ 6 % des élèves du primaire qui déclarent avoir été frappés par un membre du personnel.

Quantitativement cela est minoritaire, ce qui n’est pas une raison pour l’admettre, et l’on peut comparer avec les taux obtenus par le même type de recherche menée dans des pays du continent africain, qui peuvent atteindre 80 % d’élèves concernés. Aux États-Unis, ce sont encore au moins 19 États, principalement au Sud, qui autorisent le châtiment corporel à l’école, y compris avec un instrument (le paddle).

… ou c’est demain ?

Aussi, dira-t-on, la violence, c’était avant et c’est ailleurs ? Oui, mais. Mais l’idéologie qui autorise ces pratiques est loin d’avoir disparu en France, et si celles-ci se sont en moyenne raréfiées, cachées, celle-là reste bien vivace.

Elle est idéologie du redressement de l’enfant, de sa domination par le « bon père de famille », y compris dans les déclarations du premier ministre lorsqu’il justifie la gifle en disant qu’il s’agit d’un « geste éducatif », paroles que j’ai commentées dans une chronique récente.

Elle est aussi idéologie de son enfermement et de son éloignement en cas de déviance : les victimes en ont témoigné, être en internat à Bétharram était bien en soi une punition. Un moyen de redresser l’enfant, d’en faire « un homme » en l’éloignant.

Cette idéologie de l’enfermement orthopédique et de la primauté du répressif sur l’éducatif n’a sans doute pas autant régressé qu’espéré. Ce désir d’enfermer, ce réflexe punitif, sont (re)devenus dominants et ils traversent toutes les couches de la société. C’est un mantra politique et populiste. Une loi réformant la justice des mineurs, révulsant les juristes et les éducateurs, vient d’être votée avec comme souhait des peines de prison ferme pour les adolescents dès 13 ans, de manière à leur causer une sorte de « choc carcéral », suivant les mots de Gabriel Attal, ex-ministre de l’éducation.

Malgré un rapport très critique de la Cour des comptes, les centres éducatifs fermés continuent d’être une solution dispendieuse, inefficace et humainement destructrice, pourtant largement affirmée par le pouvoir exécutif.

« Dans un centre éducatif fermé pour mineurs délinquants » (France Info, 2025)

Sur le plan de la punition, il est une expérience commune qui consiste, lorsque l’on critique la « fessée » ou la « claque », voire les violences éducatives ordinaires, de s’entendre rétorquer : « On ne peut plus rien faire. »

Il est évident qu’il ne s’agit pas ici d’une quelconque apologie du laisser-faire mais de la condamnation de la violence en éducation. À ce « On ne peut plus rien faire » correspond très bien le « On ne peut plus rien dire » qui oppose les réticences patriarcales à la dénonciation du sexisme commun.

Violences et soumission

Bétharram est l’exemple même des effets d’un milieu clos et d’une culture qui favorisent systémiquement les violences de domination : soumission par les coups et la crainte qui peut dériver vers une soumission sidérée aux actes pédocriminels. Il existe un continuum des violences répressives et sexuelles. C’est largement démontré dans les milieux clos, par la recherche sur les populations vulnérables, tout autant qu’en milieu carcéral.

Ce n’est pas simplement la responsabilité individuelle des prédateurs qui est en jeu : dans la recherche actuelle sur les auteurs de violence sexuelle, de plus en plus est abandonnée la théorie de « la pomme pourrie », c’est-à-dire de l’individu seul déviant dans un milieu sain : on lira à cet égard l’excellent article du psychologue Nicolas Port dans la revue l’Année canonique en 2024 et portant entre autres sur les profils des prêtres agresseurs sexuels.

Le milieu culturel et le contexte institutionnel font partie des conditions du passage à l’acte, de sa détection possible et des cécités réelles ou de… mauvaise foi. On se dira alors que le catholicisme lui-même est en jeu. Son organisation est en effet largement empreinte de domination patriarcale. Celle-ci agit dans le vocabulaire (« Mon père »), dans la hiérarchie du genre qui est minoration du féminin, officialisée par l’impossible ordination des femmes, ce qui est contesté par le féminisme chrétien.

L’enseignement catholique est lui-même fracturé idéologiquement et si « l’ordre » reste un argument de légitimation, il n’en est pas moins que bien de ses écoles se rapprochent plus de l’univers de la pédagogie Montessori que de celui de Bétharram, suivant l’idéologie des classes moyennes supérieures.

La ligne de fracture est sans doute désormais plus politique que théologique. Certes, c’est dans l’électorat catholique et religieux qu’ont été recrutées une bonne partie des troupes de la Manif pour tous et il y a une porosité de cet électorat aux thèses identitaires extrêmes. Mais cet électorat ne s’y résume pas, loin de là, même si l’on peut craindre un élargissement des franges traditionnalistes. Cela nécessite – en éducation comme sur bien des points – un aggiornamento de la doctrine et de l’organisation du catholicisme, à cet égard l’affaire de Bétharram peut puissamment y aider.


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Il serait en outre totalement contre-productif d’assimiler les violences révélées à l’ensemble des chrétiens : mutatis mutandis, ce serait la même erreur que celle qui assimile musulmans et terroristes… L’option fondamentaliste et pseudo-traditionnelle dans toutes les religions du livre est en jeu. Ainsi, dans une recherche menée en Israël et relatée dans un livre majeur sur la violence en contexte à l’école, Benbenishty et Astor démontrent la plus grande présence des violences sexuelles dans les écoles islamiques fondamentalistes et dans les écoles juives ultraorthodoxes, ces dernières fournissant les troupes d’extrême droite maintenant au pouvoir dans ce pays.

Des mineurs violents ?

Enfin, une dernière erreur à éviter est de séparer le problème de la violence des adultes et celle de la violence commise par des mineurs, y compris la violence sexuelle. Bien sûr, la plupart des victimes ne deviennent pas des agresseurs et tentent de se protéger de la dure loi de conservation de la violence.

Mais il n’empêche qu’être battu est un facteur de risque important de devenir sexuellement victime, et éventuellement d’être un agresseur. Toute la littérature par facteurs de risque l’a démontré. Les témoignages recueillis à Bétharram montrent parmi les perpétrateurs de grands élèves utilisés comme surveillants. Plus loin, la parution récente d’un livre d’Aude Lorriaux, bien documenté, sur les violences sexuelles commises par des mineurs pose avec force le lien entre l’idéologie masculiniste et sa reproduction violente de ces violences par les mineurs.

Il ne s’agit pas d’y voir une jeunesse perverse, mais bien un effet de système, renforcé par une idéologie dont le trumpisme est un avatar. Les adultes peuvent aussi, terriblement, être de mauvais exemples.

Aussi, s’il est vrai qu’un meilleur contrôle des lieux éducatifs clos, une meilleure formation des personnels, une information plus précise de tous les élèves sur le consentement et la vie affective et sexuelle peuvent être une partie de la solution, il n’en reste pas moins que l’affaire de Bétharram, sans forcément être une affaire Bayrou, est bien une affaire politique.The Conversation

Éric Debarbieux, Professeur émérite en sciences de l'éducation, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.