
« Afin
de protéger les enfants en âge scolaire de l'emprise sectaire, le
Parlement a adopté en première lecture et à l'unanimité la loi n°
98-1165 du 18 décembre 1998
tendant à renforcer le contrôle de l'obligation scolaire.(...) Le
législateur a souhaité non seulement encourager la fréquentation
scolaire, lutter contre toutes les formes d'abandon scolaire mais
aussi veiller à ce que, au nom d'une liberté dans les choix
d'instruction, les principes fondamentaux de l'éducation due aux
enfants ne se trouvent dévoyés par une instruction sommaire, voire
sectaire. (...) Chaque année, plusieurs milliers d'enfants échappent
à l'École de la République. Trop souvent, ces enfants sont
maintenus dans un état d'inculture, d'ignorance, ou pire encore,
embrigadés, aliénés, maltraités. Cette réalité étant
inacceptable, il est apparu indispensable de rappeler, en s'appuyant
sur les fortes exigences de la Convention Internationale des Droits
de l'enfant qui affirme en ses articles 28 et 29 que tous "les
États parties reconnaissent le droit de l'enfant à l'éducation"
visant "à favoriser l'épanouissement de sa personnalité"
et "le développement de ses aptitudes mentales et physiques
dans toute la mesure de leurs potentialités", le droit de
l'enfant à l'instruction en reprenant la définition qui en est
donnée à la fois par l'ordonnance du 6 janvier 1959 prolongeant la
scolarité obligatoire et par la loi d'orientation sur l'éducation
du 10 juillet 1989. C'est ainsi que l'article premier de la loi du 18
décembre 1998 affirme solennellement, dans un premier alinéa, le
droit de l'enfant à l'instruction, en ces termes : "Le droit de
l'enfant à l'instruction a pour objet de lui garantir, d'une part,
l'acquisition des instruments fondamentaux du savoir, des
connaissances de base, des éléments de la culture générale et,
selon les choix, de la formation professionnelle et technique et,
d'autre part, l'éducation lui permettant de développer sa
personnalité, d'élever son niveau de formation initiale et
continue, de s'insérer dans la vie sociale et professionnelle et
d'exercer sa citoyenneté". Cette définition est fondamentale :
non seulement elle élève le niveau minimal des connaissances
au-dessus des seules notions élémentaires d'écriture, de lecture
et de calcul requises jusqu'à présent, mais elle introduit
également dans l'instruction obligatoire l'exigence d'une éducation
propre à garantir l'épanouissement de la personnalité de l'enfant,
les conditions de son autonomie, son ouverture sur le monde qui
l'entoure et dans lequel il doit trouver sa place de citoyen
libre. »
Le
18 décembre 1998, le Parlement adoptait, à l’unanimité, la loi
qui permettait à l'administration de renforcer le contrôle des
écoles hors contrat et de l'instruction en famille. Nous avons
reproduit ci-dessus les paragraphes introductifs de la circulaire
ministérielle qui accompagnait l'envoi du texte adopté aux services
déconcentrés de l'État.
La
presse a abondamment relayé, ces derniers mois, la création d'un
établissement hors contrat en Sologne, financé par une fondation
dépendant de Monsieur Sterin. L'académie Saint-Louis
s'inspire des méthodes pédagogiques pratiquées outre-Manche, qui
dédient les après-midis aux activités sportives et artistiques.
Les tarifs y sont très élevés, et sont modulés en fonction des
ressources des parents. L'établissement se réclame de l'éducation
intégrale. Sur le site d'un organisme qui se réfère aux mêmes
valeurs, nous avons trouvé la définition suivante de l'éducation
intégrale. Il nous semble qu'il y a une forte probabilité que cette
définition corresponde à celle que l'académie Saint-Louis a fait
sienne, même si nous n'avons pas trouvé sur le site de cette
institution de référence explicite.
Voici :
« Dans
un établissement qui a pour projet l’éducation intégrale,
l’autorité éducative est comprise comme un acte intérieur qui a
pour ambition de provoquer une croissance intérieure qui conduit à
la liberté. La liberté est le fruit de la formation critique de
l’intelligence, d’une solide culture historique et littéraire,
d’une formation mathématique et scientifique qui recherche la
vérité en évitant le scientisme ou le rationalisme, d’un éveil
de la créativité et du don de la grâce de Dieu. Cette
liberté a pour but d’aider les enfants à déployer leur
personnalité, fruit de leur tempérament et de leur caractère, et à
développer leur capacité à penser par eux-mêmes pour être en
mesure de répondre à leur
vocation. »
Le
site animé par un prêtre catholique sosdiscernement.org
, auquel nous adressons nos lecteurs, nous propose une analyse très
pointue de l'éducation intégrale (lien ci-dessous).
Il semblerait,
à la lecture de cet article, que l'origine en soit à rechercher…
du côté de l'Opus Dei.
Merci
alors à Dominique AUZENET, prêtre du diocèse du Mans, et à l'équipe sosdiscernement, pour ces
recherches mises à la disposition de tous.
https://sosdiscernement.org/leducation-integrale/
Citons-les :
« Puisque
tout cela s’inspire in
fine de
José Escriva de Balaguer, fondateur de l’Opus Dei, on ne peut
qu’éprouver un profond malaise.
Le
Père Trouslard, qui nous a quittés en 2011, était une figure de la
lutte contre les dérives sectaires de toutes sortes, y compris à
l’intérieur de l’Église16.
En 2001, il avertissait les chefs d’Établissement de
l’Enseignement Catholique sur les
dérives sectaires causées par Opus Dei.
Il décrivait 10 caractéristiques sectaires ; écoutons la
neuvième : « L’infiltration :
la stratégie de l’Opus Dei vise à transformer la société en
essayant de pénétrer tous les domaines de la vie économique,
sociale, familiale et culturelle… l’Opus Dei voulait ‘s’infiltrer
et imposer son programme global’ »
D’où
question : le Leadership Vertueux serait-il un outil de la
« stratégie de l’Opus Dei » et l’éducation intégrale
ferait-elle partie de « l’enseignement » et du « programme
global » de l’Opus Dei ? La réponse est sur le site de l’Opus
Dei dans « Éducation et Enseignement17 » :
(…)
Le but de l’éducation intégrale est d’aider les élèves à
apprendre à exercer leur liberté de manière responsable, afin que
soient possibles le déploiement de leur personnalité et le
développement de leur être tout entier : esprit, corps,
âme et caractère (…) Les professeurs doivent avoir pour
objectif l’éducation intégrale de leurs élèves… (…) Ces
écoles travaillent sous l’entière responsabilité de leurs
directeurs et de ceux qui composent l’association dont elles
dépendent, bien qu’elles soient inspirées par les idées de
Saint-Josémaria sur l’éducation et offrent une éducation
intégrale aux élèves ».
Revenons
à l’académie Saint-Louis de Chalès.
En
se présentant lui-même, l'établissement se réclame des valeurs de
la république. Il affirme vouloir protéger les enfants de tout
abus. En ce qui concerne la vie spirituelle, elle « irrigue
l’ensemble du projet éducatif. La prière quotidienne, la messe
hebdomadaire, les retraites, le catéchisme offrent aux élèves un
ancrage solide et paisible. Chacun est invité à grandir dans sa
relation à Dieu, dans la vérité de la foi et dans la liberté du
cœur ».
Mais
l'académie Saint-Louis dit se référer aussi aux « lettres aux
capitaines » d'André Charlier. Les capitaines, ce sont des élèves
plus âgés chargés d'encadrer les enfants plus jeunes. André
Charlier écrit cette lettre à l'attention des « capitaines » de
l'école des roches pendant le second conflit mondial. Un extrait : «
Il est écrit dans la Charte du Capitaine : « Sa tâche lui fait
toucher du doigt ses faiblesses et lui montre que pour servir et être
utile, il faut d’abord se connaître en toute humilité, se
perfectionner avec bonne volonté, accepter les conseils autorisés,
et se confier à la bonté de Dieu. » Cela vous indique quelle
importance vous devez attacher à votre vie spirituelle. Les qualités
naturelles d’un chef sans doute sont capitales : énergie,
autorité, dynamisme, etc., en définitive elles restent
insuffisantes s’il ne s’y ajoute une certaine ferveur de la vie
intérieure. Et la vie intérieure, c’est le rapport intime de
votre âme avec Dieu ». (11 mars
1943)
L'académie
Saint-Louis de Chalès fait sienne cette méthode qui consiste à
confier les plus jeunes aux bons soins d'un élève plus âgé et
cela explicitement, conformément aux préconisations d’André
Charlier, qui reste avec son frère Henri, une figure tutélaire du
groupe traditionaliste catholique « Chrétienté Solidarité ».
https://chretientesolidarite.fr/
L'établissement
« académie Saint-Louis de Chalès » va fonctionner dans
un avenir très proche. Nous avons certes, pris bonne note de
l'attachement revendiqué valeurs de la république. Toutefois ses
références conceptuelles explicites peuvent susciter des
inquiétudes quant à la conformité des contenus et des méthodes
pédagogiques aux exigences de la loi du 18 décembre 1998.
Rappelons
que les rédacteurs de cette loi ont entendu se référer aux
dispositions de la Convention internationale des droits de l'enfant.
Nous
nous interrogeons en tant que laïques sur la compatibilité de
l'omniprésence de la religion dans la vie scolaire avec le respect
de la liberté de conscience de l'enfant.
Interrogation
renforcée par la référence à l'éducation intégrale. S'agit-il
de la même « éducation intégrale » que celle prônée par la
charte dont nous avons donné le lien ?
Si
tel est le cas, une éducation qui voudrait éloigner le rationalisme
nous interroge. Le rationalisme : tout un patrimoine dont nous
n'osons envisager que des enfants en soient éloignés délibérément.
Notre
souhait, c’est que l'éducation nationale ait à cœur, en
contrôlant l'établissement comme la loi l'y astreint, de vérifier
que cette omniprésence de la religion ne soustraira pas des
apprentissages des pans entiers de notre culture. Et qu'elle en tire
toutes les conséquences !
Toutes
les associations laïques, nous le savons, partagent nos
préoccupations.
Beaucoup
de chrétiens aussi.
À
bientôt.
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