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mardi 27 janvier 2026

Pourquoi le CLPS ne fait-il pas partie des signataires de la tribune parue dans l’Express le 15 janvier ?

 




Le 22 janvier 2026 devait se tenir, au Sénat, par l’entremise de la sénatrice Laurence Muller-Bronn, un colloque intitulé "Pourquoi et comment sécuriser l’introduction des pratiques de santé ?". Il était organisé par le Groupe d'Evaluation des Thérapies Complémentaires Personnalisées (Getcop), la Chambre Nationale des Praticiens de la Santé (CNPS), et le Collège Universitaire des Médecines Intégratives et Complémentaires (Cumic). Il s’agit pour ces associations d’assurer la promotion et la légitimation de pseudo-médecines devant le Sénat, et plus largement auprès du grand public.

Le 15 janvier le journal l’Express a publié une tribune demandant au président du Sénat son annulation pure et simple :

Désinformation en santé : "Le Sénat ne doit pas servir de tribune à la promotion de pratiques de soin alternatives" – L'Express

Or nous avons été contactés en vue d’une signature de la tribune au dernier moment, à peine plus de 24 heures avant son envoi définitif, alors que toutes les autres signatures avaient déjà été obtenues.

Nous ignorons toujours la raison de ce contact tardif.

Au CLPS, toutes les décisions engageantes sont prises collégialement, par un Conseil d’Administration qui comporte une dizaine de membres. Ce conseil s’est donné les moyens statutaires et techniques de délibérer rapidement. Deux ou trois jours sont cependant nécessaires pour recueillir les avis de tous.

Nous ne disposions manifestement pas du temps nécessaire pour délibérer valablement.

Le respect du temps de notre réflexion collective et l’indépendance de la pensée qui résulte de nos échanges sont indissociables de notre fonctionnement.

D’un côté, même sans rien d’illégal, qu’un tel colloque puisse se tenir dans les locaux de la représentation nationale chargée de protéger nos libertés est révélateur du travail d’influence de ces groupes de pression. Ils en arrivent ainsi à inviter des intervenants controversés jusque dans les lieux où a été débattue la loi du 10 mai 2024 qui érige en délit l’incitation à renoncer aux soins reconnus par la science.

Si cette réunion s'était tenue en lieu neutre, sans la caution du Sénat, nous n’aurions pas manqué d’en contester le contenu allant à l’encontre de la médecine basée sur les preuves.

D’autant que parmi les intervenants annoncés se trouvaient des promoteurs de pratiques non conventionnelles à teinture ésotérique, et pour certains, liés à des groupes signalés dans les rapports parlementaires ou de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires.

Mais d’autre part, dès nos premiers échanges, il est ressorti une gêne à l’idée que l’objectif d’une tribune soit d’obtenir une annulation pure et simple. Gêne d’autant plus vive, que nous partageons pleinement le fond critique quant à la tenue d’un tel colloque dans les locaux du Sénat, sous l’égide d’une sénatrice.

Ainsi, il est nous est apparu qu’une demande d’annulation, quand elle se réduit de la sorte à elle-même, relève d’une atteinte à la liberté d’expression. En effet, certains d'entre nous travaillent sur le phénomène sectaire depuis plusieurs décennies et ont vu défiler des demandes verbales ou formelles d'interdictions ou d'annulations de réunion, de dissolutions d'associations. De leur côté les groupes que nous étudions ne sont généralement pas attachés aux libertés républicaines : il suffit de voir le nombre de « procédures baillons » qu'ils initient.

Mais précisément nous répugnons à agir comme eux. Le contexte nous semble devoir imposer la réflexion. Les libertés publiques sont toujours fragiles et c'est toujours avec d'infinies précautions que nous devons agir lorsqu'elles sont en jeu.

Aussi, si nous avions eu le temps d’infléchir le texte de la tribune de l’Express, aurions-nous adhéré totalement à une demande précise de délocalisation du colloque.

Tous, lorsque nous sommes invités à signer, pétitions, appels, tribunes, nous sommes confrontés à cette question : allons-nous nous laisser porter par la crainte de ne pas « en être » ? Ne pas être de ce courant porteur semblant faire l’unanimité parmi nos partenaires sur les questions de société ? Ou bien, allons-nous relever notre regard vers l’horizon des enjeux éthiques ?

Le CLPS a choisi de privilégier le temps de l’intelligence collective, à rebours de toute précipitation.

Nous nous proposons de revenir sur ces questions qui nous semblent fondamentales et d’approfondir notre réflexion.

Toujours dans la nuance, la pondération et tournés vers les questions d’éthique dans nos méthodes de travail.


À bientôt.


 




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