L'interdiction de l'instruction en famille repoussée d'un an https://t.co/SSSdRmO3Ra
— clps (@clps12) February 1, 2021
L'interdiction de l'instruction en famille repoussée d'un an https://t.co/SSSdRmO3Ra
— clps (@clps12) February 1, 2021
Les écoles démocratiques constituent l’un des réseaux d’établissements privés hors contrat qui cherchent à fournir une alternative à l’éducation nationale. Leurs principes sont clairs : l’enfant n’apprend jamais mieux que quand il le souhaite et suivant la manière qu’il veut. Il n’y a pas d’inégalités entre adultes et enfants, parfois il est question, non pas d’élèves, mais de citoyens. Les enseignants ne sont pas nommés comme tels, ce sont des « facilitateurs », et ces principes ne sont pas sans conséquences sur le fonctionnement quotidien de ces écoles.
Nous avons eu accès à trois séries de rapports d’inspection. Suivant la règle que nous nous sommes déjà fixée, nous ne reproduirons littéralement aucune phrase de ces documents administratifs, et nous ne précisons pas de quels établissements il s’agit. Nous avons déjà eu l’occasion d’exprimer cette intention, mais cela va toujours mieux en le disant : nous ne souhaitons pas compliquer la tâche des personnels d’inspection.
Quelles conséquences ? Tout d’abord, ces écoles sont régies par des décisions collégiales où enfants et adultes disposent de la même voix. Dans un de ces documents, est décrite la tenue d’une instance disciplinaire lors de laquelle les enfants sont majoritaires, l’élève sanctionné ne comprenant pas ce qui pourrait lui être reproché. Il n’y a pas de cours, pas de programme précis, les facilitateurs restent à la disposition des enfants quand ils le souhaitent. Ainsi sont parfois décrites des scènes étonnantes : des élèves jouant aux policiers avec des armes factices, d’autres montant sur les tables, ou jouant avec un téléphone portable, dans un environnement au niveau sonore élevé, ou encore dans un autre cas des enfants groupés dans une salle multimédia et maniant tablettes et portables. Les inspecteurs ont eu du mal à trouver des traces écrites des travaux d’élèves. Un inspecteur dans son rapport rappelle un élément du socle commun de connaissances : « l’élève sait se constituer des outils personnels grâce a ses écrits de travail, y compris le numérique : notamment prise de notes, brouillon, fiches, lexique, nomenclature, carte mentale, plan, croquis, dont il peut se servir pour s’entraîner, réviser, mémoriser… ». Et un autre inspecteur cite l’article 131–12 du code de l’éducation, qu’il semble utile de rappeler : « L’acquisition des connaissances et compétences est progressive et continue dans chaque domaine de formation du socle commun de compétences et de culture et doit avoir pour objet d’amener l’enfant, à l’issue de la période de l’instruction obligatoire, à la maîtrise de l’ensemble des exigences du socle commun. La progression retenue doit être compatible avec l’âge de l’enfant et son état de santé, tout en tenant compte des choix éducatifs effectués et de l’organisation pédagogique propre à chaque établissement ».
Pour
l’une des trois écoles inspectées, le bilan est varié, et nous
entendons rester impartiaux.
! Un
premier rapport,
décrit des élèves désoeuvrés qui s’occupent comme ils peuvent.
En revanche, un deuxième rapport, plus récent, s’avère plus
nuancé. Il décrit une vie démocratique intense au sein de
l’école, le souci d’une relation de respect des enfants en vue
de son plein épanouissement. Il est relevé également un
cadre chaleureux. L’objectif de l’école serait d’accueillir
des jeunes en rupture avec l’école traditionnelle en vue de les
aider à se reconstruire et retrouver l’estime.
Mais le fonctionnaire d’inspection relève également l’absence
de toute planification des acquis, et recommande de ne pas s’en
tenir à la disponibilité des facilitateurs. Telle
quelle, l’organisation de l’école ne permettrait pas une
constance des efforts d’apprentissage.. Et l’inspecteur
d’estimer compatible le fonctionnement de cette école avec les
valeurs de la République. Nous n’avons pas voulu bien entendu ne
disposer que d’un seul document, nous disposons de trois séries de
rapports et nous nous sommes efforcés en les synthétisant de
rester aussi objectifs que possible.
Nous avons déjà noté la proximité des Colibris avec la mouvance steinerienne, qui comprend le réseau des écoles Waldorf dont certaines (peut-être toutes mais nous ne l’avons pas établi) sont « acteurs colibri ». Il en est de même du réseau distinct des écoles démocratiques dont nombre d’entre elles figurent sur la carte des acteurs colibris. Ci-dessous une citation d’un entretien avec le fondateur de l’école dynamique de Paris, qui fondera par la suite le village démocratique de Pourgues dans l’Ariège ayant fait l’objet d’un de nos récents billets :
L’École Dynamique de Paris a ouvert ses portes en septembre 2015. Inspirée de la pédagogie Sudbury, cette école abolit les notions de réussite ou d’échec, donne à ses "membres" une autonomie sur leur devenir, et replace la motivation au cœur de l’apprenti (…)
Comme souvent nous laissons nos lecteurs se forger leurs propres conclusions provisoires.
une analyse universitaire proposée par le SoDRUS
groupe Société droit et religions de l'Université de Sherbrooke au Canada
Liberté, Libertés chéries: Enseignement au sein de la famille : le projet de ... https://t.co/7JPlix2UZK
— clps (@clps12) January 5, 2021
Les parents requérants, qui font partie d’une communauté chrétienne, refusent que leurs enfants fréquentent quelque établissement que ce soit (privé ou public) à cause des cours d’éducation sexuelle, de l’étude de contes de fées en classe et de la violence physique et psychologique croissante entre élèves. Ils éduquent leurs enfants chez eux en se basant sur le programme d’une institution spécialisée qui aide les parents chrétiens dans cette tâche mais qui n’est pas reconnue par l’État comme une école privée. Ils déposèrent au nom de leurs enfants une demande de dispense pour motifs religieux de la scolarité obligatoire à l’école primaire. L’inspection académique rejeta la demande et ce refus fut confirmé par les tribunaux allemands, qui motivèrent leurs décisions comme suit. Du fait de leur jeune âge, les enfants des requérants étaient incapables de mesurer les conséquences liées au choix de leurs parents de leur faire suivre une éducation à domicile, et ils ne pouvaient guère se déterminer de façon autonome en la matière. Même si la Loi fondamentale autorisait les parents à éduquer leurs enfants conformément à leurs convictions philosophiques ou religieuses, ce droit n’était pas exclusif : il était placé sur un pied d’égalité avec l’obligation constitutionnelle pour l’État de prodiguer une instruction. Cette obligation visait non seulement à ce que les enfants acquièrent un savoir, mais aussi à ce qu’ils deviennent des citoyens responsables jouant leur rôle dans une société démocratique et pluraliste. Seuls des contacts réguliers avec la société permettaient d’acquérir les compétences sociales nécessaires pour communiquer avec des personnes ayant des points de vue différents et pour affirmer une opinion autre que celle de la majorité. Cet objectif pouvait être atteint de manière plus efficace par la scolarité, dans le cadre de laquelle des enfants côtoient quotidiennement d’autres enfants, que par l’éducation à domicile. L’intérêt général de la collectivité étant d’intégrer les minorités et de prévenir l’émergence de sociétés parallèles, l’ingérence litigieuse dans l’exercice par les requérants de leurs droits fondamentaux devait être jugée proportionnée et raisonnable, car les intéressés avaient toujours la possibilité d’éduquer leurs enfants avant et après l’école ainsi que pendant le week-end. Les requérants étaient également libres d’inscrire leurs enfants dans une école religieuse. De plus, du fait de l’obligation de neutralité religieuse à laquelle étaient soumis les établissements scolaires, les enfants des requérants ne risquaient pas d’être endoctrinés contre leur gré ni d’être influencés par des superstitions. Quant à la question de la violence, les requérants ne prétendaient pas que les autorités scolaires restaient en défaut de prendre les mesures nécessaires pour prévenir les mauvais traitements entre élèves.
La
Cour rappelle que des parents ne peuvent invoquer leurs convictions
pour refuser à un enfant le droit à l’instruction. La nature même de ce
droit exige une réglementation de la part de l’État, qui dispose d’une
certaine marge d’appréciation pour fixer et interpréter les règles
régissant son système éducatif. Il apparaît qu’il n’existe pas de
consensus entre les États contractants quant aux mérites respectifs de
l’éducation à domicile et de la scolarité obligatoire dans le primaire.
Les juridictions allemandes ont considéré que la première n’est pas
aussi efficace que la seconde pour atteindre les objectifs d’intégration
dans la société et d’acquisition de compétences sociales. Cette
conclusion relève de la marge d’appréciation dont jouissent les États en
la matière et est compatible avec la jurisprudence de la Cour qui
souligne l’importance du pluralisme pour la démocratie. En outre, le
droit pour les parents de donner à leurs enfants une instruction
conforme à leurs convictions religieuses n’a pas fait l’objet d’une
restriction disproportionnée : manifesteme
Exorcisme, médecine illégale, dérives sectaires : enquête sur Jacques Grimault, le gourou des pyramides https://t.co/FbZ5fhvd5f via @MarianneleMag
— clps (@clps12) December 16, 2020
Écoles démocratiques, instruction en famille : les causes du mouvement colibri.
Nous avions attiré l’attention de nos lecteurs il y a peu de temps sur une vidéo : un collectif de parents dans la région lyonnaise utilisait des enfants dans un clip à visée militante (ci-dessous billets du 26 octobre et du 03 novembre). L’objectif de ce clip était d'appeler à refuser les mesures sanitaires : distanciation physique et port du masque. Nous avions insisté également sur la proximité de ce collectif de parents avec les colibris qui toutefois n'endossaient pas la responsabilité du contenu. Certains groupes de colibris relayaient cette vidéo et donnaient également le lien vers un dossier hébergé par une plate-forme gérée par l’association colibris : colibris-wiki.org
En revanche, depuis l’annonce par le Président de la République de sa volonté d’interdire l’instruction en famille (hors raison de santé) pour contrer le séparatisme islamique, le mouvement colibris en tant que tel s’est engagé explicitement dans des actions de défense de ce mode de transmission des savoirs.
Une pétition figure, en date du 2 décembre, sur la page facebook de l'association; elle est relayée par le journalKaizen, dirigé par Cyril Dion. Cette pétition regroupe divers courants : la fondation pour l’école, dont nous avons déjà traité dans un très récent billet, les colibris, la fondatrice du Printemps de l'éducation ainsi que Monsieur Farhangi.
Ce dernier a créé l'école dynamique à Paris; il est lui-même un fervent défenseur des Écoles démocratiques qui permettent, pour faire court mais à notre avis sans déformer, aux enfants d'apprendre ce qu'ils veulent quand ils en ont envie. Nous aurons certainement l’occasion de revenir sur ce courant de manière plus approfondie. Depuis, il a créé dans l’Ariège un « village démocratique » conçu suivant les mêmes principes que les écoles du même nom et affilié à EUDEC, qui regroupe les écoles démocratiques en France : chacun fait ce qu’il veut suivant ses appétences.
« Depuis 2017, je me suis installé en Ariège avec ma famille et un autre co-fondateur de l’école dynamique. Avec l’éco-village de Pourgues, nous avons voulu aller au-delà de l’école et créer une communauté de vie et de travail, inspirée des écoles démocratiques. L’éco-village fonctionne selon le concept où chacun se met au contact de son élan de vie, de sa source, de ce qu’il a vraiment envie de faire, de son appétence première. L’équilibre économique, l’éducation des enfants, tout est finalement la résultante de ce respect profond de l’individu. Nous avons confiance et foi dans la personne humaine comme fondamentalement capable de s’occuper de ses propres affaires.
Nous avons laissé le choix à nos enfants pour l’école. Certains avaient déjà été scolarisés et ne souhaitaient pas revivre l’expérience, d’autres y sont retournés.En fait, nous n’avons pas d’idéologie anti-école, mais nous cherchons à respecter la personne humaine, adulte comme enfant, qui fait ses propres choix de vie. L’année dernière, tous les enfants ont choisi d’essayer l’école. Une enfant a trouvé l’école ultra violente et a voulu arrêter tout de suite. Un autre voulait juste se faire des copains, mais n’a pas trop aimé l’ambiance et est juste resté deux semaines. Les trois autres ont plutôt apprécié. Il y en a un qui est resté presque cinq mois et les autres jusqu’au confinement. Après le confinement, aucun n’a voulu y retourner. »
Ce village démocratique de Pourgues est lui-même affilié aux colibris: même vidéo, 4'35''
Nulle illégalité dans ce combat d'idées parfaitement non-violent contre l’école publique.
Les colibris sont une composante du printemps de l’éducation, qui prône l'éducation alternative avec la participation, hélas, d’une association de coopératives de l’enseignement public. Nous ne doutons pas de la sincérité de ceux qui mènent cette campagne. Mais nous ne saurions l'approuver: si l’école publique est imparfaite comme toutes les institutions humaines, si nous ne pouvons légitimement penser (mais ce n’est pas l’objectif statutaire de notre association) qu’elle reste à améliorer, elle est pour nous un creuset qui permet à des enfants de classes sociales diverses, d'opinions philosophiques, religieuses, d’origines différentes, de se côtoyer et d’apprendre la tolérance mutuelle. Elle est à améliorer et à défendre, pas à détruire.
Précisons également que nous ne disposons pas des outils nécessaires pour évaluer la place de l’intégrisme musulman dans l’instruction en famille.
Si nous respectons les défenseurs de l’instruction en famille, qui sont les mêmes ici que ceux des écoles hors contrat ou alternatives, nous exprimons haut et fort notre désaccord et notre défense de l’école publique et laïque.
A nos yeux, les colibris ne présentent pas un fonctionnement sectaire, nous imaginons plutôt des groupes de réflexion. Mais nous déplorons qu'ils fassent activement la promotion d'îlots en marge de la société, refusant l'éducation nationale, les consignes sanitaires. En revanche, ils peuvent vanter des communautés qui vivent soi-disant en marge ... mais dont des membres vivent du RSA (même vidéo 12'30'') voire de rentes immobilières.
Enfin pour en finir sur une écoute de sémantique aigre-douce, soyons attentifs dans le chapitrage de la vidéo ci-dessus, à l’item minuté 13 :20 qui mentionne : « Mutualisation des enfants » …
Où le vocabulaire du management ne va-t-il pas se répandre !
Sourions.
Á bientôt.
Nous partageons ici la réaction d'un parti politique belge faisant suite à une émission de la RTBF dont nous avons rendu compte le 15 septembre dernier.
Bien entendu, ce partage n'implique pas de jugement de valeur sur un parti politique dont l'ensemble de l'action est extérieur à notre objet statutaire.
DéFI - DéFI demande la plus grandeprudence vis-à-vis des écoles Steiner - DéFI - https://t.co/3u0mhwO4Qa https://t.co/dqxndTaWoN via @defi_eu
— clps (@clps12) December 11, 2020
Le Conseil Régional des Pays de la Loire a récemment accordé une subvention de 50 000€ à deux écoles hors-contrat Espérance-Banlieues situées à Angers et au Mans. La présidente de Région a justifié ce financement par la lutte contre le décrochage des jeunes des quartiers sensibles dès le plus jeune âge, et les remettre sur le chemin de la réussite. Si ce sont les véritables raisons de cette subvention, alors on ne voit pas pourquoi la région n’aiderait de manière équivalente les écoles et établissements publics.
En effet, cette subvention mirobolante concerne deux écoles hors-contrat accueillant au total seulement 45 élèves, âgés de 6 à 11 ans. Cela permet de s’interroger sur la réalité de l’argument de lutte contre le décrochage, sauf à penser que les enfants issus de milieux urbains sensibles y soient prédestinés ?
Le caractère légal de cette subvention reste donc à démontrer. La Région n’est pas compétente pour l’enseignement du premier degré et, de toute façon, le financement sur fonds publics des écoles hors contrat n’est pas permis par la loi.
Le réseau Espérance-Banlieues, issu des courants catholiques traditionnalistes, se caractérise d’une part par des projets pédagogiques basés sur des conceptions conservatrices et rétrogrades de l’éducation : salut au drapeau, port de l’uniforme, rudiments scolaires habillés en apprentissage des fondamentaux… et d’autre part, avec une chasse active aux financements publics, souvent extravagants. En outre, le niveau très moyen des élèves qui sortent de ces écoles peut légitimement interroger sur l’utilité de ces subventions.
Malgré cela, des écoles de ce réseau ont fermé leurs portes comme à Montfermeil, ou déménagé dans des locaux appartenant à une association catholique comme à Reims, par manque d’argent et surtout d’élèves. Dans ces deux cas, l’argent public a été dilapidé pour rien. La même précarité existe pour les écoles du Mans et d’Angers, puisque la subvention régionale représente 38% des ressources.
Pour le CNAL, une autre raison de ces subventionnements est dictée par le calendrier électoral, et la volonté de donner un signal aux organisations religieuses qui gravitent autour de ces écoles. On peut regretter que des élus ne prennent pas à bras le corps l’urgence de réunir la jeunesse dans l’environnement scolaire et périscolaire laïque, et participent au contraire à sa séparation. Pire, cela instille dans l’opinion l’idée que les religions ne sont pas toutes traitées à égalité, et nourrit un sentiment de « deux poids, deux mesures ».
Les organisations constitutives du CNAL réaffirment que les pouvoirs publics doivent réserver leurs financement à l’enseignement public, qui seul peut réunir les enfants et adolescents, quels que soient le rang social, les croyances et l’origine de leurs parents, pour leur faire partager la joie d’apprendre dans la différence, abrités et inspirés par le principe de laïcité.
Angers. La FCPE régionale s’insurge contre la subvention à l’école Espérance Banlieue #Angers #Enseignement https://t.co/lYOpWZyizX via @courrierouest
— clps (@clps12) November 28, 2020
Angers. La FCPE régionale s’insurge contre la subvention à l’école Espérance Banlieue