En
Grande-Bretagne, les rapports d’inspection
des écoles privées sont publiés sur le site Internet du service
chargé de ces
évaluations. Rien de tel en France, serons-nous présomptueux
en affirmant que nous vous aurions été quasiment
les
seuls à utiliser tous les moyens de droit en vue de les obtenir ?
Nous ne les avons pas tous obtenus
loin de là, mais assez
pour nous faire une idée. Pour les raisons que nous allons
développer ci-dessous, nous agirons comme le site du café
pédagogique qui avait résumé un rapport sur
un sujet proche mais
en se gardant bien de le mettre en ligne ! S'il en est encore besoin, nous précisons que nous nous intéressons au hors contrat en général sans nous focaliser sur la mouvance steinerienne!
Toutefois,
à quoi bon réfléchir sur des rapports que nous avons du mal
parfois à obtenir si c’est pour les laisser dormir sur un disque
dur ? Aussi nous vous proposons ci-dessous un récapitulatif
des documents publics et une synthèse des rapports d’inspection,
après réflexion.
Nous
rappelons que la fédération des écoles Steiner n’a pu obtenir la
reconnaissance d’utilité publique. Le lien vers l’arrêt du
tribunal administratif (que la fédération n’a pas contesté) ici.
Mais
l’école proche de Colmar a obtenu l’équivalent
de cette reconnaissance en droit local alsacien.
Cette même école avait fait parler d’elle lorsque suite à un voyagescolaire en Allemagne, des élèves avaient contracté la rougeole,les parents assumaient ne pas vouloir faire vacciner leurs enfants.
Nous
rappelons le
chapitre
sur les écoles Steiner, qui comporte des extraits de rapports,
et figure dans le corps du livre de Paul Ariès, enquête sur un
pouvoir occultes. Nous n’avons pas de copyright qui
nous permettrait de reproduire ce chapitre sur notre blog.
En
revanche, nous vous soumettons un extrait du rapport de la mission
interministérielle de lutte contre les sectes, l’ancêtre de notre
Miviludes.
Ce
rapport date de l’année 2000, la Mission,
en ce temps-là, publiait
chaque année une étude de cas, et cette année là, elle
était consacrée à la mouvance de Steiner. Nous avons retenu le
chapitre un relatif aux
écoles. (cliquer sur chaque page pour agrandir)
Nous
ne reprenons pas des documents déjà rendus publics sur notre blog
et que vous pourrez aisément retrouver dans notre dernière étude exhaustive.
Depuis
quasiment la date de création de notre association, nous sollicitons
des autorités académiques la communication des rapports
d’inspection des établissements scolaires hors contrat. Lorsque
nous n’avions pas de réponse, ou en cas –beaucoup plus rares–
de refus, nous nous adressions à la commission d’accès aux
documents administratifs, une autorité administrative indépendante.
Immanquablement,
cette commission déclarait que les rapports étaient communicables
sous réserve d’occulter les noms des personnes physiques. L’une
de ces autorités académiques, sur notre demande, nous a bien
précisé que ces rapports n’avaient pas vocation à être
diffusés. Aussi ne l’avons-nous pas fait, non que cette
diffusion aurait été répréhensible pénalement, mais comme notre
vocation est de défendre le service public, et notamment celui de
l’éducation nationale, notre objectif n’était surtout pas de
mettre en difficulté les fonctionnaires chargés de le mettre en
œuvre.
Nous
avons souhaité partager avec nos lecteurs certaines de nos
connaissances, mais de manière synthétique, sans préciser de quels
établissements il s’agissait, et surtout sans utiliser les mots et
les expressions issues des rapports. Nous nous basons sur des
rapports issus de cinq écoles, nous ne précisons pas, pour les
raisons ci-dessus indiquées, desquelles il s’agit.
L’une
des principales questions qui s’est posée à nous à la lecture
desdits documents, c’est la conformité de l’enseignement
prodigué au sein des écoles Steiner au socle commun de
connaissances et de compétences qui est élaboré par
administration de l’éducation nationale.
Dans
un des cas, l’inspecteur chargé de la visite de l’école estime
que les contenus abordés en cours dans l’école dans
l’établissement sont conformes à ce qui est requis.
Dans
une autre école en revanche, et il est noté l’inadéquation des
apprentissages avec les programmes. Il est noté des retards en
lecture, ainsi qu’en mathématiques. La contrepartie semblait
être une vie scolaire qui vise à l’épanouissement et à
l’ouverture artistique.
Dans
la troisième école étudiée, il semble que lors d’une première
inspection, les fonctionnaires se soient interrogés sur le contenu
de l’enseignement. Mais ils concluent quelques années après à
la conformité de l’enseignement dispensé au sein de cet
établissement aux attentes du code de l’éducation.
Dans
un quatrième cas, des manquements semblent notables: pas
d’apprentissage correct de la lecture ou des mathématiques, ni de
l’histoire et de la géographie. Pas de développement de l’esprit
critique, c’est l’imitation qui semble privilégiée.
Enfin,
dans un cinquième cas, et les fonctionnaires notent des points
favorables, telles que l’observation des besoins des élèves
suivant leur âge, une volonté de sérénité et de bienveillance,
et la place accordée à l’éducation esthétique. Mais en
revanche, les inspecteurs se montre préoccupés. Toujours des
carences sont relevées en ce qui concerne la formation de l’esprit
critique, un enseignement organisé suivant la doctrine de Steiner,
qui comporte des risques au cas où les enfants devraient être
rapatriés en cours de scolarité dans des écoles publiques ou
privées plus contrôlées. Quelques années après,
l’administration note toujours les points favorables, mais garde
les mêmes sujets de préoccupation. Il est même évoqué même une
faiblesse culturelle mais qui pourrait être compensée dans le
milieu familial.
Une
remarque qui intervient de manière récurrente, c’est la référence
pédagogique et intellectuelle de ces écoles à la pensée de Rudolf
Steiner. De toute évidence les représentants de l’administration
préféreraient un amoindrissement de cette inspiration au profit
d’un objectif davantage inspiré par les programmes officiels et le socle
commun de connaissances et de compétences.
Le
deuxième point qui nous intéresse, et qui a retenu notre attention,
c’est celui du respect de la laïcité. Nous rappelons qu’un
jour, en visitant une journée portes ouvertes dans une école,
l’enseignement Waldorf nous a été présenté comme privé
laïque.
Dans
l’une des écoles étudiées, les inspecteurs observent des dessins
avec une forte inspiration biblique, tout en notant que les couleurs
de ses dessins sont très stéréotypées. Exemple : des dessins
d’anges.
Dans
un autre cas, il est noté des rituels du type religieux qui rythment
la vie de l’établissement. Ou encore dans une autre école,
au début de la journée, une prière issue d’un poème de Steiner.
Dans une autre les fortes connotations bibliques de certaines activités sont relevées.
Dans
un cas, l’administration s’interroge d’un point de vue
éthique : il lui semble mais cela ne concerne qu’une seule école,
que les buts énoncés ne soient pas conforme
à la réalité interne de l’établissement. En gros, la
doctrine de Steiner devrait être présentée spontanément aux
parents afin qu’ils puissent s’inscrire leurs enfants dans cette
école après un choix éclairé.
Cela
n’est pas sans nous rappeler l’un des témoins au procès
de Grégoire Perra, qui affirmait ne pas se sentir tenu
d’informer les parents de ce qui était la doctrine steinerienne,
c’était à eux-mêmes selon cette personne, qu’il incombait de
se renseigner.
Enfin,
de grandes inégalités entre les écoles au niveau de
la régularité du point de vue administratif.
Dans une école, des documents administratifs ne peuvent dans la
majorité des cas être présentés.
Ceux
relatifs
à la sécurité ne sont pas à jour et
les
conditions d’hygiène et de sécurité sont insuffisantes.
Une proportion non négligeable d’enfants fréquentant l’école
ne sont pas vaccinés,
du
fait d’un
choix personnel des parents. Dans un autre établissement, certains
auxiliaires intervenant dans les classes ne possèdent
pas les diplômes requis. Le fonctionnaire n’exclut pas sans
en avoir la preuve que ces
intervenants
puissent
se retrouver seuls
devant des élèves. Également dans la même école, des enfants ne
sont pas vaccinés.
Encore un autre cas : l’établissement est équipé de toilettes
sèches,
ce qui entraîne des incommodités. Des problèmes de sécurité se
posent.
En
revanche, dans une autre école, l’inspecteur
note un souci de transparence et
s’en félicite.
Peu
après le vote de la loi ROYAL sur le contrôle des établissements
hors contrat, toutes les écoles Steiner avaient été inspectées
simultanément. Un extrait, cité par Paul Aries (
l’anthroposophie, enquête sur un pouvoir occulte
) résume parfaitement certaines de ces considérations, il concerne
un institut médico-éducatif en Bourgogne :
Tout
ce qui a été observé au cours de la matinée (de 9 heures à 12h)
est en totale contradiction avec ce qui est énoncé dans le projet
de l’établissement. La pédagogie développée dans les
différentes classes ne permet absolument pas aux enfants de
développer leurs potentialités cognitives, leurs possibilités
d’expression, de communication, et leur créativité. La méthode
d’enseignement ne ressemble en aucune façon à une méthode
active. On assiste plutôt à un bourrage de crâne. Les jeunes sont
transformés en de simples exécutants gentils, mais béats. On ne
leur demande surtout pas de réfléchir. Tous les programmes
d’enseignement dans les différents champs disciplinaires sont
basés sur des thèmes mythiques et mystique s(…) Les savoirs
enseignés sont parfois erronés.
Mais
nous pouvons pas dire en conclusion s’il
s’agit d’une coïncidence: L’école dont le rapport est
le plus critique et
dont les critiques sont les plus précises surtout est
celle dont nous possédons les rapports les plus récents.
Est-ce
le fait du hasard,
de
la conscience et de l'observation d’un fonctionnaire d’inspection, ou est-ce que cela
traduit et une vision plus claire de l’enseignement Waldorf
par l’Education
nationale ? Et en effet, ces dernières années, du fait notamment à
des contentieux judiciaires
avec Grégoire Perra, les écoles Waldorf
se sont retrouvées
à leur corps défendant médiatisées.
Et
aucun rapport ne
préconise une
saisine de la justice en vue d’une fermeture, mais sur ce point
nous nous en
tenons
à notre posture habituelle: nous ne sommes ni l’administration ni
la justice, notre seul rôle, c’est
l’information du public. Nous essayons de le faire le plus
honnêtement possible, sans parti pris, mais il ne nous appartient
nullement de nous féliciter ou de regretter la mise en œuvre ou
l’absence d’une procédure judiciaire !