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vendredi 30 juin 2023

Congrès de naturopathie dans le Jura : merci à Charlie hebdo de son autorisation à le partager avec vous


 Au congrès des naturopathes et des complotistes


 

Le taxi serpente sur les routes du Jura, direction Mont-sous-Vaudrey, 1 300 âmes par temps calme, plus du triple lors du 4e Congrès de médecine intégrative et son festival du bien-être, et déjà, les questions pleuvent. Pourquoi diable cet événement est-il organisé au fin fond des plaines franc-comtoises ? Qui sont ces 3 500 festivaliers qui paient 80 euros la journée pour assister à des conférences sur le bien-être – le programme promettant par exemple « Votre foie a besoin d’amour : comment mieux le comprendre, le soutenir » ? Et que peuvent bien seriner les médecins antivax, un peu plus d’un an après la fin de la pandémie de Covid-19, dans une société où il n’est plus question de masques ou de vaccins ?

 

Car tout le gratin de la sphère complotiste qui a fleuri pendant le Covid est de la partie, ce week-end, au grand congrès de « médecine intégrative », organisé par le domaine Arc en Ciel de Mont-sous-Vaudrey. Henri Joyeux, Luc Bodin, Louis Fouché : autant de médecins opposés à la vaccination et aux mesures sanitaires, avec, en guest star, l’ex-généticienne réprouvée de l’Inserm Alexandra Henrion-Caude. Tous doivent prendre la parole au ­domaine Arc en Ciel, qui abrite, dans un joli château, un centre de formation en naturopathie, et vient d’inaugurer son école primaire à pédagogie alter­native, Les P’tits Naturos.

 

« C’est le bol qui choisit son être »

 

Au début, on aurait pu croire à un festival ordinaire si, sur une petite scène près de l’entrée, une femme ne révélait sa méthode magique pour cuire les pois chiches afin « d’éviter les pets putrides ». Un peu plus loin, des stands de street food proposent des assiettes de crudités racornies à prix exorbitants : tout est un peu crasseux… Au pire, reste la possibilité de finir au kebab du village, en face du domaine – c’est aussi ça, le Jura. Côté public, en revanche, chacun est plutôt propre sur lui, même s’il y a beaucoup de lin, de robes à grosses fleurs, de sandales en cuir. Nombre d’hommes sont torse nu, bob sur la tête et pendentif en cristal au cou, avec cette sérénité aussi ostentatoire qu’agaçante.

 

Assises dans l’herbe d’un vaste champ, 200 personnes écoutent le sermon du physicien conspirationniste Philippe Guillemant en prenant des notes – il faut tout de même rentabiliser le prix de l’entrée. « Les neuroscientifiques font de la pensée magique. De la magie triste, répète-t-il. Penser que la mémoire est dans le cerveau, c’est de la magie triste. Penser que la conscience est dans le cerveau, c’est de la magie triste. Les scientifiques sont utiles pour guérir certaines maladies, mais ils n’ont rien compris à l’essentiel. »

Les conférences s’enchaînent et les mots se répètent, « vibra­tion », « intuition », « ressenti », puis l’ordre des médecins en prend pour son grade, et c’est reparti, « vibra­tion », « intuition », « ressenti ». Comme la tête me tourne un peu, je me dirige vers les exposants : bien malgré moi, l’ésotérisme ambiant ­commence à avoir raison de l’argent liquide que je réservais pour le taxi du retour. Après m’être presque laissé tenter par une séance d’hypnose rétrospective (200 euros pour trois heures, pendant lesquelles on visite ses vies antérieures, animales, végétales, astrales et même extraterrestres), je finis par opter pour un savon au lait de jument. Heureusement, les câlins du stand « Bienveillance » sont gratuits. Un peu plus loin, une vendeuse saisit, devant les yeux clos d’une cliente, un grand bol chinois qu’elle frappe avec un gong. Elle le dépose, puis recommence avec un autre, plus petit cette fois, et ainsi de suite. « Mince, je ne trouve pas de bol qui entre en vibration avec votre être », s’excuse la vendeuse. « Ah ça, c’est le bol qui choisit son être, et pas l’inverse », chuchotent deux femmes qui observent la scène. La pauvre cliente ouvre de grands yeux paniqués : « Vous pensez que vous allez trouver ? »

 

Finalement, devant un étalage de pierres multicolores et de cristaux, une femme écoute avec une moue sceptique les explications d’un petit homme doté d’une moustache impressionnante. Une survivante de la raison ? Elle s’appelle Sandrine, tient un centre de yoga dans le Jura, elle a 57 ans et veut bien reconnaître que si tout cela « tient un peu du folklore », elle reste tout de même curieuse de découvrir « d’autres expériences de vie. Il n’y a pas une spiritualité universelle, mais chacun peut essayer de trouver ce qui lui fait du bien. Alors, d’accord, on enfonce des portes ouvertes, mais parfois, il est important de rappeler les choses. Dans le fond, tout le monde cherche la même chose : l’harmonie, et une façon d’être en dehors du consumérisme ». Je lui fais remarquer que l’entrée du festival est tout de même onéreuse et qu’il y a vraisemblablement un réel business autour des pierres et autres grigris. Sandrine hausse les épaules. « Oui, d’accord, et pourquoi pas ? Moi, ça me fait du bien. Certains dépensent leur argent dans des vêtements, dans de l’alcool, dans des loisirs… Moi, j’aime les pierres énergétiques et les conférences sur la naturopathie. C’est comme ça. »

 

Croquer le souffle de la vie

 

Un doute me saisit. Et si tout cela était finalement inoffensif ? Et si ces personnes, avec leur zénitude exaspérante, ne recherchaient finalement rien d’autre qu’un idéal, qu’une meilleure façon de vivre ? Je méditais mollement lorsqu’Alexandra Henrion-Caude, la généticienne renommée, a pris la parole. « Je vous préviens, ça va être un peu scientifique, prévient-elle. Vous me connaissez, d’ailleurs, je ne m’appuie que sur des thèses scientifiques. » S’ensuit l’habituel laïus sur la sacralité des gènes humains, celle de la reproduction biologique, sur la vaccination qui serait la première porte ouverte sur le clonage et l’eugénisme, sur fond d’acquis catholiques qu’elle omet évidemment de mentionner. Une panique religieuse, déguisée en doute scientifique. Un petit groupe de femmes applaudit avec enthousiasme. « Elle est vraiment rigoureuse », souffle l’une d’elles.

 

Sur la petite scène, les choses se corsent encore. Vincent Pavan, maître de conférences à l’université d’Aix-Marseille et à la tête du site Réinfo Liberté, créé pendant le Covid, tient un discours sur le thème « L’éducation selon Sade : ou comment la perversion s’impose à la modernité ». Il faut se concentrer pour saisir le fond du propos, après un déroulé historique confus. En gros, la République, depuis la Révolution, s’attache à séparer les enfants de leur famille pour en faire de parfaits petits soldats. L’enseignement public, avec ses cours d’éducation sexuelle, mène à la confusion des genres, à la perte de l’esprit critique, et même parfois à l’inceste. Dans l’auditoire, quelques femmes voilées applaudissent à tout rompre. De la défiance scientifique – et donc du péril sanitaire qui s’ensuit – nous voilà donc au séparatisme.

 

Un homme au vague air de Jésus s’assoit à mes côtés. Professeur de sciences de la vie et de la Terre (SVT), il n’est « pas catholique », mais suit l’exemple du Christ et m’explique qu’il n’a « pas besoin que les autres voient ce [qu’il] voit pour y croire », enfin bref, c’est compliqué. Il finit par avouer, de la douleur plein les yeux, souffrir de schizophrénie : la naturopathie est une façon de calmer son esprit endolori, d’essayer de se réconcilier avec lui-même, avec ses sens et son présent. Qu’a-t-il pensé de la conférence précédente ? « Pas mal, hein ? C’est ça, la perversion. Avec l’école, on perd l’indépendance familiale et celle de penser par soi-même », soupire-t-il. Voilà peut-être la phrase qui résume la philosophie ambiante : être libre, du système et de la raison trompeuse, comme si le doute légitimait les thèses les plus hasardeuses, farfelues… et même dangereuses.

 

C’est d’ailleurs le mantra de Louis Fouché, le parrain de l’événement, qui prend la parole pour la dernière conférence de la journée. D’un ton caressant, il invite son auditoire à « s’étirer », à « croquer le souffle de la vie comme dans un carré de chocolat ». « Les institutions, ce sont à la fois l’hôpital, les scientifiques, l’État, les médias, dit-il. Ils ont très bien compris comment créer des traumatismes et des figures d’attachement pour vous soumettre. Vous avez tous pris en sympathie Édouard Philippe, avec sa barbe blanche, alors qu’il vous a tous foutus en taule chez vous. C’est toxique et pervers, et vous validez en permanence le monstre. »

 

Sur les stands, les livres d’Henri Joyeux, d’Alexandra ­Henrion-Caude et de Louis Fouché s’écoulent comme des petits pains. Dans les premiers rangs, Philippe hoche la tête. Lui est venu pour voir ces médecins « héros du Covid ». Il ne se sent pas concerné par l’épidémie, d’ailleurs, il n’a pas attrapé le virus, il s’en fout, juste assez pour être tout de même de toutes les manifestations contre les mesures sanitaires à Besançon, il s’est battu contre le masque, contre la vaccination, a organisé sur Facebook des groupes pour continuer à maintenir une vie sociale en faisant fi du confinement. Bon, d’accord, mais pourquoi venir écouter des personnes parler de tout cela, trois ans après la pandémie ? Philippe réfléchit un instant. « En fait… je crois que tout cela me conforte dans ce que je sais déjà. »

 

Coline Renault


Vous pouvez consulter cet article avec les dessinateurs en vous rendant sur le site de CHARLIE HEBDO

charliehebdo.fr

 

 

LES DERIVES THERAPEUTIQUES , rapport de l'Ordre national des Médecins

 



En 1996 l'Ordre national des médecins avait rendu public un rapport doctrinal : « pratiques médicales et sectes ». L'auteur de ce texte avait insisté sur les problèmes éthiques posés par les dérives sectaires, qu'on nommait à l'époque plus communément « sectes ». Il distinguait les « médecins recruteurs » et les « médecins recrutés ». La liberté de conscience reconnue tant par le droit interne que par les textes internationaux qui protègent les droits de l'homme était protégée au sein du monde médical. Mais le médecin devait s'abstenir de toute incidence de ses convictions dans l'exercice de son art.

Il y a quelques jours, un nouveau rapport sur les dérives thérapeutiques a été mis en ligne sur le site de l'Ordre.


Nous en donnons ici le lien.


Il s'agit de dérives thérapeutiques. Ce rapport est donc plus technique que le précédent. L'appréciation de la scientificité des méthodes traitées tout au long de ce texte est étrangère à notre objet statutaire. Toutefois, nous ne pouvons que nous réjouir de la prise en compte, récurrente, de deux problématiques qui sont parties intégrantes de notre mission :

l'emprise mentale (la Mission interministérielle est souvent citée et un chapitre entier est dédié à l'emprise sectaire)

la perte de chance : fréquemment, les rapporteurs conviennent de l'innocuité de certaines pratiques, mais craignent, notamment en cas de maladie grave, que la prise en charge du patient soit retardée.

Ce rapport est un peu long, mais très facile à lire. Après l'exposé des réflexions les rapporteurs, des fiches sont proposées, et nous y retrouvons la mention de techniques sur lesquelles nous avons déjà été interrogés par des familles : Access bar, la nouvelle médecine germanique, la médecine anthroposophique.

Nous conseillons à nos lecteurs la lecture de ce document pour qu'ils disposent du maximum d'éléments pour se forger leur opinion personnelle. Une lecture que nous recommandons également aux militants des associations semblables à la nôtre, car elle peut éclairer des familles de patients qui s'éloignent de leurs proches sous l'emprise d'une pratique sectaire ou qui retardent la mise en œuvre d'un traitement approprié.



dimanche 11 juin 2023

Expérience de chimie dangereuse à l'école Waldorf de WINTZENHEIM (Haut-Rhin) Le CLPS saisit le Préfet au sujet de la reconnaissance d'utilité publique en droit local.




Monsieur le Préfet,


La presse locale nous apprend que l'école Mathias Grünewald, affiliée à la fédération des écoles Steiner Waldorf dans la banlieue de Colmar aurait été le théâtre d'expériences de chimie dangereuses pour la santé des élèves, et notamment pour les asthmatiques en raison de la fumée qui en résultait.

Il y a plusieurs années déjà, la même école avait été mise en cause lorsqu'à la suite d'un voyage scolaire en Allemagne, une épidémie de rougeole s'était déclenchée. Interrogés par les journalistes de FR3 Alsace, des parents avaient exprimé ouvertement leur hostilité à la vaccination.

Le cercle laïque pour la prévention du sectarisme respecte la tradition libérale du droit français, qui proscrit les interdictions générales et absolues. Il s'abstient en conséquence de demander la fermeture de toutes les écoles de ce type. La loi prévoit d'ailleurs une procédure qui s'applique après l'examen individuel de chaque établissement (l'école de Bagnères-de-Bigorre a d'ailleurs été fermée suite à la mise en œuvre de ce processus).

Mais si nous sommes amenés à vous écrire ce jour, c'est du fait que l'école Mathias Grünewald a été reconnue d'utilité publique en droit local. La fédération des écoles Steiner Waldorf n'a pas accédé à la reconnaissance d'utilité publique, ce qu'a confirmé le tribunal administratif de Paris dont le jugement n'a pas fait l'objet d'un appel.

Nous serions reconnaissants à vos services de nous donner les raisons de cette distorsion, surtout après ces manquements au devoir de sécurité et de salubrité publique qui incombe aux établissements scolaires. Il nous semble en effet que la reconnaissance d'utilité publique, qui implique des facilités fiscales, s'accompagne d'un large pouvoir discrétionnaire de l'administration.

Veuillez agréer, Monsieur le Préfet, l'expression de notre respectueuse considération.

Le cercle laïque pour la prévention du sectarisme

« Adeptes, de l’emprise à la déprise. »

 « Adeptes, de l’emprise à la déprise. »

Documentaire d’Arte.

La chaine Arte a déjà montré la constance de son intérêt pour les questions liées à l’emprise

sectaire.

Rappelons la passionnante série « Les évangéliques à la conquête du monde », toujours

visible en ligne, que nous avons signalée le 04 avril 2023.

Rappelons également la mise en ligne (elle aussi toujours active) du très beau documentaire

« Colonia Dignidad, enfer de la terre promise » mentionnée ci-dessous le 29 janvier

Aujourd’hui nous attirons l’attention de nos lecteurs sur le documentaire :

« Adeptes, de l’emprise à la déprise » de Karine Dusfour.

Il donne la parole aux « dépris » qui témoignent publiquement avec un grand courage du

long et douloureux processus qui les a amenés du doute à la sortie de secte.

Et combien ce chemin a été vertigineux.

Peut-être leur parole n’aurait-elle pas eu besoin des ponctuations d’une mise en scène que

nous avons ressentie parfois un peu pesante.

C’est ici : https://www.arte.tv/fr/videos/110231-000-A/adeptes-de-l-emprise-a-la-deprise/


Durée 55 min

Disponible sur le site www.arte.tv

Du 07/06/2023 au 05/12/2023

Visible à la télévision le mercredi 21 juin à 22:35

A bientôt.

lundi 5 juin 2023

l'Ordre des Médecins et le congrès de naturopathie de MONT SOUS VAUDREY (Jura)

 

Il y a quelque temps, l'édition jurassienne du Progrès de Lyon avait enquêté sur le congrès de naturopathie qui était prévu et qui a eu lieu les 3 et 4 juin à Mont-sous-Vaudrey dans le nord du Jura. Nous donné notre opinion sur cette rencontre dans un de nos billets récents. Rappelons quand même que notre association n'a pas de compétence médicale et que le fondement de son action, c'est la loi, c'est le droit, c'est la dignité.
Le même organe de presse a publié récemment le point de vue du conseil départemental de l'Ordre des médecins sur cet événement. L'article du Progrès de Lyon a été repris par l'Est républicain. Voici ci-dessous l'extrait qui concerne l'inquiétude de l'ordre départemental face à l'événement (nous ne disposons pas à l'heure actuelle du texte original de cette déclaration).

À la veille de l’événement, c’est l’Ordre des médecins du Jura qui tient à faire part de son « inquiétude ». Si les médecins du Jura, d’une voix unanime, précisent « qu’il n’appartient pas au conseil de juger de l’autorisation donnée à cette réunion qui est de la responsabilité administrative préfectorale, le conseil s’inquiète de la confusion que peut faire naître le titre de “Congrès de médecine intégrative.”» « L’appellation “congrès de médecine” renvoie aux manifestations scientifiques médicales, objet du partage de connaissances et des avancées médicales sur des preuves basées sur des expertises dûment encadrées, réalisées par des groupes de recherches, confrontés à l’international et aboutissant à des données probantes. Cette appellation veut donc faire croire que ce rassemblement hétéroclite rentre dans le cadre de congrès scientifiques et serait validé par le corps médical, ce qui n’est évidemment en rien le cas ici », affirme le conseil.
Et de préciser, par la voix de son président, Jean-François Louvrier, « qu’il faut distinguer la thérapie de la médecine. Seul le médecin a la capacité de faire un diagnostic. Il ne faudrait pas que ces personnes, qui croient en des thérapies, tournent le dos à la médecine pour autant. Je suis ouvert à tout, peut-être qu’il y a des choses qui fonctionnent et qu’on ne connaît pas. Mais il faut que cela soit prouvé. Car toute thérapie a un effet placebo.»  Il explique ainsi que, avant de mettre un médicament sur un marché, des essais en double aveugle sont effectués par des sociétés indépendantes, afin de démontrer l’efficacité d’un produit. « Des échantillonnages sont effectués sur des personnes nombreuses et non averties de si elles prennent un médicament ou un placebo. Ni le médecin, ni le patient ne le savent. Prouver l’efficacité sur des personnes déjà convaincues, cela n’a aucun intérêt. En médecine, nous apprenons à être très scrupuleux concernant les résultats des études d’efficacité de médicaments. Tout ce qu’on fait est basé sur des preuves scientifiques, avec assez d’éléments en notre possession », a détaillé le président de l’ordre.


Récemment, Francetv info a dédié une de ses enquêtes à deux rassemblements absolument similaires à celui qui s'est tenu récemment dans le Jura. Ces rencontres avaient lieu à Saintes et à Montpellier, les vedettes en étant également parfois Louis Fouché et Alexandra Henrion Caude. Nous invitons nos lecteurs à se reporter à l'article et surtout à visionner le reportage. Nous avions déjà relevé le fait que certains propos des principaux participants à ces rencontres exprimaient des opinions que nous ne nous ressentions pas comme démocratiques. Ce que confirme le reportage : contrairement à ce qu'on pourrait penser a priori, les principaux soutiens de ces rencontres émanent de l'extrême droite. Par conviction ? Par opportunisme et souci de séduire au sein de mouvances marginales ? Nous laissons les lecteurs se faire leur opinion personnelle. 




lundi 22 mai 2023

Laïcité outre-Atlantique : le point de vue de Madame Agnès Maltais, ancienne référente laïcité du parti québécois et ancienne députée




Nous avions il y a quelques semaines évoquer l'opinion de Madame Agnès Maltais, qui avait été confronté au décès d'une jeune femme qui venait d'accoucher et qui, issu d'un milieu de témoins de Jéhovah, avait refusé d'être transfusée, refusant ainsi d'être sauvée. Nous ne savions pas à l'époque que nous pourrions la rencontrer en visioconférence, nous avons ainsi pu discuter avec elle.

Son idée force : des actes qui, hors d'un cadre, d'un contexte religieux, seraient illégaux, sont admis dès lors que la motivation est précisément religieuse. Elle évoque aussi le cas d'une secte hassidique qui voit des jeunes enfants mariées contre leur gré à des hommes âgés.

Nous mettons ici en ligne l'enregistrement de l'intervention de Madame Maltais, suivi de la première partie du débat qui a suivi avec les militants du CLPS. La durée totale de l'enregistrement que nous vous proposons est presque exactement d'une heure, nous vous souhaitons une bonne écoute.


LA CONFERENCE ICI

dimanche 14 mai 2023

NATUROPATHIE, les nouveaux risques de dérives sectaires

 


France inter

Podcast Interception

Thérapies alternatives, le nouveau risque sectaire

Dimanche 7 mai 2023

(46 MIN)

Le 7 mai 2023, France Inter proposait à ses auditeurs une émission de 45 minutes environ dédiée aux nouveaux risques de dérives sectaires liées aux pratiques de naturopathes autoproclamés.

Au début de l'émission, une jeune femme, mère de famille, décrit dans le détail comment, en fréquentant les réseaux sociaux, elle a été amenée, alors qu'elle a été initialement vaccinée, à en craindre les effets secondaires au point d'injecter ingérer du dioxyde de chlore et de s'isoler de plus en plus longtemps. Heureusement, son mari avait compris la situation… Ce témoignage complétera à notre sens utilement ceux dont nous avons rendu compte dans ces colonnes, et qui émanaient de deux jeunes femmes qui écoutaient de manière compulsive les vidéos de Thierry Casasnovas.

Monsieur le Préfet Gravel fait ensuite le point sur la situation de la Mission interministérielle qu'il préside.

Un autre sujet complète utilement nos études précédentes. À l'heure actuelle, et nous reviendrons là-dessus, des salons bio sont proposés dans l'est de la France. Les reporters ont interrogé Fabien Moine, un naturopathe que nous avons évoqué à l'occasion de notre tout récent billet sur les rencontres de naturopathie à Mont-sous-Vaudrey.

Au cours de cet entretien, le journaliste lui rappelle signale qu'il a fait l'objet de signalement auprès de la Mission interministérielle. Bonne écoute !

https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/interception/interception-du-dimanche-07-mai-2023-3723341

mercredi 3 mai 2023

ECOLE DE NATUROPATHIE ET RENCONTRES DE MONT SOUS VAUDREY

Dans le département du Jura, à Mont-sous-Vaudrey, se tient une école de naturopathie. À côté, sur le même site dit "Domaine arc-en-ciel", devrait se créer une école hors contrat, "les p'tits naturos". Régulièrement, ce domaine organise des rencontres qui regroupent un très large public. Plusieurs dizaines d'intervenants dont certains ont une certaine notoriété, viennent donner des conférences. Cet événement a de quoi nous inquiéter. Notre association ne prétend pas en tant que telle être compétente en matière médicale. Toutefois, il s'avère que les intervenants, dans leur majorité, présentent sur le plan des idées de quoi nous alerter. Il y a tellement de conférenciers qu'il est impossible d'enquêter sur tous. Toutefois, nous en avons retenu quelques-uns dont les profils se rapprochent.

Commençons par Louis Fouché, qui fut anesthésiste à Marseille, et qui est l'une des principales têtes d'affiche de cette manifestation. Il fut actif naguère dans le mouvement des colibris. Puis, pendant la pandémie de coronavirus, il contesta les mesures sanitaires et les vaccins, et créa Réinfocovid et le "Conseil scientifique indépendant". Lors d'un meeting à Nîmes, il parla du masque en prenant un accent germanique. Nous avons visionné une de ses vidéos dont nous avons reproduit, en les transcrivant au mieux, quelques citations :

En 39-45, certains sociologues ont remontré certains textes du ghetto de Varsovie. Une épidémie de typhus sert de prétexte pour isoler le ghetto (…) c'est exactement ce qu'on est en train de faire avec le virus: on est en train de créer des gens malades, pas malades, dangereux, pour nous séparer les uns des autres.

Aujourd'hui la propagande c'est la désignation de l'ennemi, aujourd'hui t'es l'ennemi si t'es Péronne, si t'es Raoult, si t'es Dieudonné.

C'est le procès du nazisme. Israël veut montrer que le nazisme, c'est le mal . Eichmann, on se rend compte, au fur et à mesure des interrogatoires, que c'est juste un pauvre type, lui il s'en foutait, pas très méchant même, il voulait juste que les trains arrivent à l'heure.





Le 16 octobre 2021, William Audureau, chroniqueur au monde, écrit dans le quotidien du soir :
https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2021/10/16/les-inquietants-symptomes-de-reinfocovid_6098604_4500055.html

Mais depuis qu’en juillet Louis Fouché a quitté son poste hospitalier sous la pression de l’AP-HM, son discours glisse de manière de plus en plus marquée vers la rupture. « C’est le moment d’aller jusqu’au bout de votre pensée. Il y a moyen de manger, il y a moyen de survivre, il y a moyen de se loger », explique-t-il dans une vidéo destinée aux non-vaccinés, tout en promettant une société meilleure à « ceux qui survivront ». Simple métaphore, ou vrai appel à un projet alternatif ? Si l’on en croit les signalements auprès des associations de lutte contre les dérives sectaires et les témoignages de proches recueillis par M Le magazine du Monde, plusieurs membres, comme Marie et Maximilien, se sont déjà engagés dans la voie d’un changement de vie, quittant pour certains leur emploi, pour d’autres leur domicile, parfois les deux, pour fonder des lieux bâtis dans l’opposition au discours scientifique et les promesses new age.

Louis Fouché, la personnalité très en vue de cette manifestation alternative dans le département du Jura, n'est pas précisément réputé pour ses recherches médicales, mais plutôt pour des prises de position sociétales.

Autre personnalité invitée à cette rencontre : Alexandra Henrion Caude. Cette dernière a participé au film « hold-up » qui réunissait nombre d'opposants aux restrictions sanitaires édictées pendant la pandémie du coronavirus. Voici ce qu'en disait, sur son compte Twitter, Axel Kahn, sachant son décès imminent.



Voici d'ailleurs ce qu'en dit le journaliste bien connu Jean-Loup ADENOR, dans les colonnes de la Croix :

Ce qui est passionnant, c’est que le Covid-19 a été l’occasion d’une véritable convergence entre ce discours intégriste et celui du milieu très différent de l’écologie New Age. Dans les manifestations les plus virulentes, on a pu croiser des praticiens en médecine naturelle à côté d’un cortège Civitas et ses drapeaux du Sacré-Cœur de Jésus. On trouve d’ailleurs chez certains gourous du mouvement antivax un fond chrétien, comme Thierry Casasnovas qui est un chrétien évangélique. Pierre Barnérias, le réalisateur du documentaire complotiste Hold-up, avait déjà réalisé d’autres documentaires pour KTO. Dans Hold-up, il donne d’ailleurs la parole à la généticienne Alexandra Henrion-Caude, véritable icône du mouvement antivax. Avant la pandémie, elle était déjà connue comme une scientifique chrétienne, demandant par exemple à l’Église catholique de reconnaître l’existence de l’âme dès la conception.

Autre participant à cette manifestation : le dolois Fabien Moine. Il se réfère dans les réseaux sociaux aux deux personnages que nous avons cités ci-dessus. Il est accompagnateur de jeûne. Le 26 février 2022,2 jours après le déclenchement de la guerre en Ukraine, il postait sur sa page Facebook publique une vidéo de 10 petites minutes plutôt favorable à la Russie, du site investig4action, une intervention de Michel Collon.

Nos lecteurs peuvent facilement la retrouver dans la mesure où nous ordonnons la date précise.

Nous pouvons citer quelques participants relativement connus. Par exemple le professeur Joyeux, qui a été sanctionné par la juridiction ordinale en raison de ses positions sur la vaccination, qui fut président de familles de France et participa à la manif pour tous. Ou encore Jean Dominique Michel, un opposant à la politique sanitaire pendant la crise du coronavirus ; et Julien Péron, l'auteur du film « c'est quoi le bonheur pour vous ? », que nous avons déjà évoqué, et où se trouvent interrogés le Professeur Joyeux, Thierry Casasnovas, etc. Julien Péron est également organisateur du « festival pour l'école de la vie ».

Mais cette école de naturopathie n'est pas seule à fonctionner sur ce domaine dans le nord du département du Jura. Une école hors contrat est en train de se créer.

École alternative, médecines alternatives, est-ce qu'au-delà de cette école de naturopathie, ne serait pas créée également une société alternative, dont les valeurs ne seraient pas celles de la république ? Une sorte de contre société en marge ? Nos lecteurs pourront peut-être avoir une idée différente, mais nous ne sommes pas forcément rassurés en constatant que le site « égalité et réconciliation » fait la promotion de Fabien Moine comme d'ailleurs de Louis Fouché ou encore d’Alexandra Henrion Caude.


















lundi 24 avril 2023

Tribune libre : Gilbert Klein, président du cercle : maintenant 40 ans de travail dans la prévention des dérives sectaires.

 

C'était en avril 1983, j'étais administrateur de la fédération des œuvres laïques de Haute Saône. Dans le cadre d'actions de sensibilisation sur le thème de la laïcité, j'avais été chargé d'inviter Roger Ikor, qui venait de créer le CCMM. Il était donc venu, le jour même de la sortie de son second livre sur le sujet, « la tête du poisson ». L'essentiel de son intervention a d'ailleurs été retranscrit et publié dans ces colonnes. Durement éprouvé par le suicide de son fils qui pratiquait le zen macrobiotique, c'était un homme extrêmement chaleureux, au contact très facile. Mais le drame qu'il avait subi suscitait de la véhémence dans les propos et dans les idées. Il avait demandé au cours de sa conférence au public s'il n'y avait pas de limite à la liberté (dans le premier opuscule publié par son association, il concluait par un appel à dissoudre quelques sectes parmi les plus dangereuses).



Quelques années après, je faisais la connaissance de l'abbé Jacques Trouslard. Alors que Roger Ikor était vice-président de l'Union rationaliste, Jacques était chanoine. On pouvait ressentir entre les deux hommes, dans leurs conférences, bien des points communs. La même véhémence, mais aussi la même chaleur humaine qui nous manque tant ! Jacques ne s'en cachait pas, il souhaitait que soit votée une législation spécifique et que la secte soit définie en droit (à cette époque, on parlait plus de sectes que de dérives sectaires).


J'ai moins connu Jacques Guyard, qui fut député et rapporteur de la commission parlementaire « sectes en France ». Pour avoir lu et relu ce document, une différence d'approche est perceptible. Il y a plus de distanciation. Une législation spécifique serait considérée comme contraire à la laïcité et aux principes républicains. Parmi les préconisations, un organisme étatique de surveillance. 


Cette préconisation sera suivie par la création de l'Observatoire interministériel des sectes, qui deviendra la Mission interministérielle de lutte contre les sectes, puis la Miviludes actuelle.

Une petite note personnelle: en 1995, il me fut proposé de rédiger une thèse juridique sur le phénomène sectaire. Ce fut l'occasion de confronter le sectarisme aux traditions juridiques françaises et à la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme. Une recherche longue et difficile sur plusieurs années permet de relativiser le problème, de prendre du recul, et de ne solliciter des pouvoirs publics… que ce qui est légal et constitutionnel. Un exemple concret : ne pas reprocher un maire de prêter ou de louer une salle municipale à un mouvement sectaire, alors que, nous le savons il s'exposerait à un contentieux devant le juge administratif.

De ces quarante ans, j'ai acquis une conviction profonde. Face au sectarisme qui a pu mener à des horreurs, nous pensons aux massacres collectifs de l'ordre du temple solaire, des morts car il y en a eu, aux abus sexuels (pensons aux enfants de Dieu), il faut dépasser dans le contexte actuel le cadre de l'indignation et de la colère. Le phénomène sectaire à muté. Ce ne sont plus dans de nombreux cas des groupes organisés et connus qui attirent notre attention. L'emprise n'en existe pas moins. Ce sont des thérapeutes autoproclamés sans compétences académiques, des prêcheurs sur Internet, des petites communautés dont il est difficile de savoir si elles vivent en autarcie ou si elles s'intègrent dans la société, que nous rencontrons. Un monde plus gazeux.

La colère dans ce contexte me semble contre-productive. Nous ne devons pas être les purs, les sachants qui incarneraient le bien en lutte contre le mal. N'affichons pas de certitude mais posons plutôt des questionnements. Le jugement moral peut occulter les vraies problématiques.

Quelques exemples concrets : les témoins de Jéhovah sont parfois accablés de noms d'oiseaux. Mais à quoi bon ? Les individus sont-ils par nature plus mauvais que d'autres ? Il vaudrait mieux je pense essayer de réaliser, de se rendre compte des conséquences de leurs comportements: préférer exposer un enfant aux conséquences potentiellement mortelles d'un refus de transfusion, ou s'exposer soi-même: comment l'indvidu peut-il en arriver là? Essayer de comprendre, c'est déjà franchir une étape.

Dans le même registre, un autre exemple, seuls les plus âgés d'entre nous peuvent se souvenir d'un couple de disciples de Sahaja yoga. Malgré, rappelons-le, l'hostilité du responsable français de cette mouvance à ce projet, un couple de disciples avait décidé d'expatrier leur enfant vers une école sur les contreforts de l'Himalaya. Avertis par leur petit-fils qu'il n'allait pas bien, les grands-parents avaient porté plainte… contre leurs enfants. Le couple fut condamné non pas pour manque de soins (cela aurait signifié qu'il se désintéressaient de leur enfant) mais pour « manque de direction » Ils n'avaient pas pris leurs responsabilités dans l'éducation de leur enfant, ils s'en étaient démis au profit de la « mère divine » qui dirigeait le groupe.

Et pour ce qui est de la mouvance de Rudolf Steiner… nous n'allons pas revenir sur les dissimulations et sur les atteintes à la vérité, par exemple pour faire court l'affirmation que la NEF aurait été la partie gagnante d'une procédure en droit de la presse qu'elle avait en fait perdue.

Dans chaque cas, il faut se poser, c'est du moins la conclusion que personnellement j'ai tirée de ces quatre dizaines années d'action, la question de la dissonance entre les valeurs des groupes que nous étudions et celles de la société globale. Point n'est besoin pour cela de s'en prendre aux personnes. Même si c'est plus difficile, mieux vaut à mon sens privilégier l'argumentation et le raisonnement que céder à l'émotion ou à la passion. Et surtout proscrire la haine.

Par ailleurs, toujours dans la même optique de respect des individus (qui n'empêche absolument pas la contestation des méthodes) j'ai toujours l'impression, non pas d'essayer de nuire à des individus, mais de défendre les droits de l'homme et la dignité humaine. Et celle-ci n'est pas divisible. Pour reprendre l'exemple des témoins de Jéhovah, je me suis énormément intéressé aux contentieux et aux procédures administratives, notamment en Norvège et en Belgique, à la suite desquelles le refus, qui n'est pas infirmé par leur presse, de continuer à fréquenter les membres de la famille qui renieraient leur foi serait constitutif d'une discrimination au sens des traités internationaux. Même si je pense viscéralement que tel est le cas, que cette intolérance serait… intolérable, je ne me verrais pas revendiquer à leur encontre des mesures répressives qui ne sont pas prévues par la loi. Le droit, tout le droit, mais rien que le droit.

J'ai encore le souvenir d'un militant, maintenant décédé, qui, il y a peut-être une trentaine d'années, me disait que je n'aurais sans doute pas la même réflexion si j'avais été victime ou parent de victime. Je me souviens avoir pensé que précisément, ne pas être concerné personnellement permettait un recul, donc une parole plus forte. Mais avec le temps j'ai aussi pu constater que d'anciens disciples pouvaient avec le temps prendre plus de hauteur dans le débat, de la même façon que des personnes que  la problématique n'avaient pas atteintes personnellement pouvaient également adopter une posture d'indignation et de colère.

En conclusion, mes lignes directrices après quatre décennies de recherche et de militantisme : 

-reconnaître la complexité, 

-chercher toujours la nuance. 

Ceci n'est qu'un témoignage personnel.



mercredi 12 avril 2023

ATTENTION AUX PRATIQUES DE SOINS "NON CONVENTIONNELLES" avec la DGCCRF

 




Sous le titre « attention aux pratiques de soins non conventionnelles », la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a publié sur son site un compte rendu d'une enquête qui a été menée les années précédentes auprès de thérapeutes délivrant des soins hors de la médecine conventionnelle. Nous vous donnons ci-dessus le lien vers le compte rendu complet de l'enquête. Nous invitons nos lecteurs à suivre ce lien et à lire le compte rendu dans son intégralité, et ce d'autant plus que cette page donne accès à des informations concernant le coaching et le bien-être. Une information d'autant plus importante que c'est en grande partie du fait de ses soins prodigués par des personnes dépourvues d'un cursus universitaire ou professionnel dûment validé par l'État que l'emprise mentale se développe à l'heure actuelle.

Ci-dessous un large extrait de ce rapport d'enquête.


Après une première enquête réalisée en 2018, la DGCCRF a lancé une nouvelle campagne de contrôles dans ce secteur, entre octobre 2020 et septembre 2021. Le champ des investigations a été étendu par rapport à la précédente enquête et c’est ainsi près d’une cinquantaine de disciplines différentes qui ont été contrôlées, des plus connues comme la naturopathie ou la réflexologie, à certaines plus rares comme les guérisseurs Reiki ou des pratiques revendiquant une action sur les ondes ou les flux d’énergie (« access bars », thérapie « quantique », « biorésonance », « géobiologie », magnétisme…). Les contrôles ont été menés auprès des professionnels et des centres de formation à ces disciplines afin de vérifier l’exhaustivité de l’information délivrée aux consommateurs et la loyauté des pratiques commerciales.

Les services de la DGCCRF ont relevé un taux d’anomalie de 66 %, à peine inférieur à celui issu de la précédente enquête menée en 2018 sur un nombre plus restreint de pratiques, principalement pour des faits de pratiques commerciales trompeuse ou des défauts d’information précontractuelle, illustrés ci-après.

Dans la majorité des cas, pour les manquements les moins graves et relevant davantage d’une méconnaissance de la réglementation que d’une volonté de tromper le consommateur, il a été fait le choix d’opter pour des avertissements, particulièrement dans un contexte de baisse voire d’arrêt de l’activité entraîné par la crise sanitaire. Cependant, pour les manquements les plus graves, des suites correctives (injonctions de mise en conformité) voire répressives (procès-verbaux) ont été adoptées.

Une confusion sur le statut professionnel et des allégations trompeuses

  • L’environnement :

Certains praticiens sont installés à proximité ou au sein même de lieux de santé (maison de santé, cabinet médical pluridisciplinaire…). Cette proximité, sans plus de précision sur la non appartenance au corps médical du praticien est source de confusion pour le consommateur.

Par ailleurs, certains professionnels n’hésitent pas à reprendre les « codes » médicaux, créant un doute dans l’esprit du consommateur sur la nature de la prestation :

  • présence des plaques devant les lieux d’exercice ;

  • recours à un logo ressemblant à un caducée ;

  • exposition d’ouvrages médicaux dans les salles d’attente ou le lieu de consultation.

À noter que le référencement de ces praticiens dans des annuaires dédiés aux professions médicales ou paramédicales contribue à induire en erreur le consommateur sur le contenu et la finalité non thérapeutique de leurs prestations.

  • La communication

Bien qu’il ressorte de l’enquête que ces professionnels sont parfaitement conscients de ne pas appartenir au milieu médical, certains d’entre eux usent abondamment dans leur communication de termes et expressions en rapport avec la santé et les maladies alors même que leur utilisation est encadrée par le code de la consommation (« sont réputées trompeuses, au sens des articles L. 121-2 et L. 121-3, les pratiques commerciales qui ont pour objet : […] 16° D'affirmer faussement qu'un produit ou une prestation de services est de nature à guérir des maladies, des dysfonctionnements ou des malformations »).

Des discours encourageant ouvertement au renoncement aux soins traditionnels ont été relevés à l’instar du site internet d’un prétendu « libérateur d’entités » qui attribuait les symptômes de la grippe aux « toxines rejetées quand les chakras commencent leur expansion ». Des allégations concernent même la prétention à guérir des pathologies comme le cancer, le sida ou la dépression.

La présentation de certaines pratiques comme permettant de traiter des maladies en lieu et place des traitements conventionnels reconnus, est d’autant plus grave qu’elle peut entraîner une perte de chance d’amélioration ou de guérison des personnes malades de pathologies lourdes susceptibles de se détourner de leurs traitements médicaux.

Les pratiques commerciales trompeuses représentent environ les deux tiers des infractions relevées par voie de procès-verbal pénal. En complément, plusieurs signalements pour exercice illégal de la médecine et usurpation de titre ont été transmis aux autorités compétentes, un dossier sur le recueil abusif de données personnelles à caractère médical a été transmis à la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), et plusieurs signalements ont été transmis à l’URSSAF et à l’administration fiscale.

L’influence de la crise sanitaire

Certains professionnels se sont adaptés aux restrictions imposées par la crise sanitaire en proposant des séances à distance. Cette modalité leur permet de toucher un public plus large.

Certaines pratiques interrogent cependant comme, par exemple, la réalisation de séances de Reiki (il s’agit d’une méthode de soin japonaise non conventionnelle appartenant à l'« approche énergétique ») à distance, via une photographie ou une application de messagerie instantanée, alors que le principe de cette pratique repose à l’origine sur le toucher. Des professionnels proposaient également des séances de réflexologie à distance.